Faq : Pourquoi retrouve-t-on de grosses araignées poilues dans les baignoires ?


De nombreuses personnes connaissent la réponse mais il est toujours intéressant de se pencher sur quelques détails anatomiques de nos chères araignées.

Presque tout le monde est tombé un jour ou l’autre sur une araignée posée au fond de la baignoire. Se retrouver face à une belle grosse Tégénaire poilue avant d’enjamber le bord de la baignoire ne plaît pas à tout le monde, j’en conviens. Mais dites-vous qu’elle aura eu aussi peur que vous, surtout si vous n’étiez pas habillé.

Si vous êtes tombé sur ce spécimen, ce n’est pas parce que l’araignée vient d’arriver dans votre salle-de-bain en même temps que vous, mais bien parce qu’elle est coincée là car elle ne peut pas en ressortir.

Tegenaria sp. dans un évier (Photo A. Moreau)

Tegenaria sp.
(Photo A. Moreau)

Les araignées possèdent huit pattes locomotrices qui se terminent par des crochets (au nombre variable selon les Familles). Mais de nombreuses espèces possèdent en plus de ces crochets des brosses de poils que les scientifiques englobent sous le terme anglais scopulae (du latin scopula : petite brosse de brindilles ; ou scopae : branches, brindilles).

A la loupe grossissante ou au binoculaire, l’ensemble des scopulae forment une touffe de poils très dense qui permet à ces araignées de marcher sur des surfaces verticales glissantes, voire des vitres.

Mais pour être tout à fait précis, il faut ajouter que ces scopulae sont en fait composés de deux parties :

extrait du livre "les araignées" par Michel Hubert

schéma extrait du livre « les araignées » par Michel Hubert

f : sur l’extrémité des tarses (dernier segment d’une patte d’araignée) on retrouve les fascicules unguéaux*. Ce sont ces touffes denses de poils à proprement parlé que l’on voit au bout de pattes ;

s : ces fascicules unguéaux se prolongent parfois vers l’arrière sous le tarse, voire sous le métatarse (avant dernier segment d’une patte d’araignée) et que l’on décrit alors simplement comme scopulas. D’ailleurs, le terme scopula englobe tout amas de poils et peut s’observer sur d’autres parties du corps d’une araignée.

* unguéaux : qui concerne les ongles (et si vous arrivez à placer ce mot dans un scrabble, je vous paie un verre)

L’ensemble de ces mini brosses fonctionnent comme des ventouses grâce à l’adhésion dite capillaire. Plus simplement, les poils densément regroupés adhèrent au substrat par l’intermédiaire d’un mince film de liquide, par exemple l’eau présente dans l’humidité de l’air. Il faut donc un minimum d’humidité pour que les scopulae accrochent à la paroi, ce qui explique que même une araignée possédant ces scopulae ne pourra pas grimper sur une surface en Téflon, le Téflon présentant un coefficient de friction tellement faible qu’il ne retient même pas l’eau.

Selon les Familles et les espèces, les scopulae sont plus ou moins denses, de formes différentes, composés de soie de certaines épaisseurs, à certains endroits, …, déterminant des forces d’adhésion variables selon le type d’araignée.

Scopulae et détail des soies chez Micrommata virescens (Sparassidae)

à gauche, scopulae – à droite, détail des soies chez Micrommata virescens (Sparassidae)

Photographie extraite d’une page de ScienceDirect.com et reprenant divers scopulae (Comparative morphology of pretarsal scopulae in eleven spider families)

Donc, notre ‘pauvre’ Tégénaire ne possède évidemment pas ces scopulae et ne peut donc pas sortir de la baignoire. Et la soie me direz-vous ? J’ai beaucoup réfléchi à cette question et je suppose qu’il faudrait un effort énergétique Herculéen et un temps extrêmement long à cette araignée pour tisser une toile en nappe suffisamment haute que pour sortir du précipice dans lequel elle est tombée… encore faut-il qu’elle arrive à faire adhérer sa soie aux parois glissantes alors qu’elle ne sait pas s’y tenir elle-même.

La grande majorité des Tégénaires coincées dans les baignoires ou éviers profonds à paroi lisse sont des mâles qui sont partis en expédition dans votre maison ou appartement pour s’accoupler avec une femelle qui elle est restée sagement planquée dans sa toile dans un coin de cave, de débarras ou tout autre endroit humide et sombre.

Alors, après toutes ces explications pointilleuses et surtout pileuses, j’espère que la prochaine fois que vous verrez une Tégénaire dans le fond de la baignoire, vous lui donnerez un coup de patte pour la faire sortir de là. Sinon, il y a l’échelle à Tégénaire photographiée à l’exposition « au fil des araignées » de Paris qui pourrait vous donner quelques idées… on construit bien des abris pour les insectes, alors pourquoi pas des sorties de secours à araignées ;)

une échelle pour sauver les Tégénaires

une échelle, un peu courte, pour sauver les Tégénaires
Photo B. Segers ; exposition « au fil des araignées »

B Segers

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13 réflexions au sujet de « Faq : Pourquoi retrouve-t-on de grosses araignées poilues dans les baignoires ? »

  1. J’ai lu le titre et je me suis arrêté à ça … Je tiens à vous signaler que ma femme A UN NOM ! et qu’elle se lave autant elle veut   Fabianch Da Chivla

    >________________________________

  2. Petite question : les Tégénaire ont-elles un fil de sécurité comme certaines autres araignées ?
    Merci

    • Et bien j’avoue ne pas connaître la réponse. Je dirais que toutes les araignées sont capables de produire un fil de sécurité, donc pourquoi pas la Tégénaire ? Je compte sur vous pour nous faire part de vos observations.
      Brigitte

      • Voici la réponse de Koen Van Keer (ARABEL)
        « Presque tout les araignées utilisent un fil de sécurité dans certaines circonstances, donc les Tégénaires aussi. Je peux m’imaginer que les Lycosidae et les Gnaphosidae ne produisent pas toujours un tel fil (en courant), mais bien en grimpant. Les femelles des Lycosidae utillisent aussi un fil avec des phéromones qu’un mâle peut alors suivre… »

  3. j’ai une question : pourrions nous nous mettre assez de scopulae pour que nous pouvons rester accrocher sur les murs ?

  4. Ah ! Bonne question… J’en étais resté, pour expliquer cette « adhérence », à un principe d’électricité statique générée par les milliers de poils des ces scopulas (ou scopulae)… mais ça n’enlève rien à la pertinence de ta question…Attendons les scientifiques !! :-)

  5. Je ne suis personnellement pas physicienne, je ne peux donc pas répondre à la question. Il faudrait trouver la quantité de force physique et mesurer la pression (P = F/S) et comparer celle-ci au poids du corps humain… mais je ne connais pas la pression exercée par les scopulae…
    Brigitte

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