FAQ: les toiles d’araignées sont elles venimeuses ?

Voici une question posée par mail :

Salut !

Je vérifies toujours les bananes (avec des gants) qu’on ramène à la maison pour voir s’il n’y aurait pas de cocons, de toiles ou des araignées. 

Ce soir, on a acheté des bananes du Costa Rica à l’épicerie, et j’ai vu qu’une des bananes avec un ‘cercle’ de soie. Pas de cocons, mais seulement un cercle comme s’il y avait un cocon auparavant et qu’il avait été enlevé. Rapidement, le cercle semblait être une crotte d’oiseau, mais c’était de la soie… 

J’ai nettoyé la partie de la banane en question avec de l’eau savonneuse. Par contre, j’ai déjà entendu que les toiles d’araignées, aux venins très toxiques (comme Veuve noire, Phoneutria nigriventer, …), étaient toxiques et pouvaient être dangereuses. Est-ce vrai ? Si oui, est-ce que l’eau savonneuse suffit ou je dois recourir à d’autres méthodes de nettoyage?

Si les toiles/soies ne sont pas toxiques, je n’ai donc pas besoin de recourir à un nettoyage?

C’est très important pour moi de savoir, ça m’inquiète énormément… en espérons que vous pourriez me répondre le plus vite que possible !

Merci en avance,

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La question m’a semblée tout d’abord étrange, mais je me suis rendue compte que ceci était l’une des nombreuses fausses croyances attribuées aux araignées.

La toile d’araignée ne contient pas de venin et le venin d’araignée n’est pas déposé sur la toile :

  • Le venin des araignées est contenu dans deux glandes situées au niveau du céphalothorax et reliées aux deux chélicères par deux petits canaux. Pour rappel, les Uloboridae ne possèdent pas de venin.
  • Sur certaines toiles, on peut observer de grosses gouttelettes collantes. Ce ne sont pas des gouttes à venin mais bien des amas de soie collante. Ces gouttes vont uniquement engluer l’insecte pris au piège, sans l’empoisonner.

Un petit cocon de soie sur une banane ne veut pas dire qu’il s’agit d’un cocon provenant d’une araignée, qui plus est mortelle. J’en trouve souvent sur les raisins que j’achète au marché bio :

  • Vu les traitements infligés aux bananes non bio, on a plus de risque de mourir d’un cancer en en mangeant que d’être face à une araignée mortelle.
  • Il y a de nombreux insectes qui produisent de la soie à certains stades de leur vie, un cocon ne signifie donc pas nécessairement araignée.
  • Vous ne trouverez jamais de « Veuve noire » dans des bananes, ce n’est pas son biotope.
  • Les araignées dites des bananes – Phoneutria nigriventer (Keyserling 1891) – qui sont effectivement dangereuses pour l’homme, sont tellement grandes qu’on les verrait assez rapidement – ce qui est je pense rarissime, sauf si on croit toutes les inepties racontées dans la presse.
En conclusion, les toiles ne sont absolument pas toxiques – au contraire, on les utilisait même il y a très longtemps pour recouvrir les plaies à cause de leurs propriétés fongicide, anti-bactérienne, voire hémostatique.
extrait du Nouveau Dictionnaire de l’Académie françoise dedié au Roy (2e édition), Paris, 1718.
« Araignée, Se dit aussi, De la toile que font les araignées. Prenez de l’araignée pour mettre sur vostre coupure. Oster les araignées de votre plancher. »
Brigitte Segers

 

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FAQ : Est-ce que je risque d’avoir des araignées mortelles dans ma maison en achetant des bananes ?

Une personne m’avait posé la question quant à la possibilité de rapporter chez soi des araignées exotiques en achetant des fruits importés.

Ces derniers jours, plusieurs articles sur le même sujet ont envahi la toile : un couple de Britannique a dû fuir sa maison infestée d’araignées extrêmement venimeuses après avoir acheté des bananes dans un magasin au coin de sa rue.

Info ou intox ?

Après quelques recherches sur Internet, on se rend compte qu’en l’espace de deux jours, le même fait-divers s’est produit à la fois en Grande-Bretagne et au Québec. Coïncidence ? Peut-être.  Pourtant l’un des articles mentionne que ce phénomène est extrêmement rare…

En poussant la recherche un peu plus loin, on apprend aussi que ce n’est pas la première fois qu’une famille britannique se voit contrainte de quitter son logement après avoir acheté des bananes… On peut alors penser qu’ils n’ont vraiment pas de chance en Grande-Bretagne.

Pourquoi cela n’arrive pas chez nous ? Et bien si, figurez-vous que l’on retrouve plusieurs chroniques quasi identiques mentionnant la découverte d’un cocon d’araignées ou d’un adulte dans un lot de bananes.

http://www.rtbf.be/info/societe/detail_nid-d-araignees-dans-une-banane-a-florennes?id=5400063

http://www.sudouest.fr/2011/05/21/rochefort-piquee-par-une-araignee-tropicale-cachee-dans-des-bananes-405089-7.php

Et en Belgique, on ne retrouve pas que des araignées dans les cageots de bananes : extrait de « La banane un fruit en sursis » (1)

« Fin 2009, de la cocaïne était trouvée dans une cargaison de bananes au port d’Anvers. Ce fait divers a mis un coup de projecteur sur l’importance du port belge dans le commerce de la banane en Europe. 26% des importations de bananes (en valeur, chiffres 2007) transitent par Anvers, porte d’entrée principale de la banane en Europe (18% pour l’Allemagne, 12% pour la Grande-Bretagne et 8% pour l’Italie). Si la Belgique compte ainsi 13% des fournisseurs de bananes européens, bien devant l’Allemagne (7%), les Pays-Bas (5%) et la France (2,2%), peu de bananes restent dans le pays. »

Outre les incidents signalant des araignées introduites dans les habitations de consommateurs de bananes, il est également fait mention de plusieurs cas de fermetures de supermarchés européens après la découverte d’une araignée venimeuse parmi les bananes…

L’affaire semble sérieuse, pire, elle engendre des retombées économiques négatives. Loin de moi l’envie de simplement démentir ces faits-divers, nous allons donc utiliser nos neurones pour analyser la situation plus en profondeur.

La banane

Tout le monde sait ce qu’est une banane, l’un des fruits le plus consommé au monde. Nous mangeons la plupart du temps la banane dessert sous sa variété Cavendish. Voici quelques chiffres pour nous représenter l’ampleur de cet empire. Extrait du site internet du CNUCED – Conférence des Nations Unies sur le Commerce Et le Développement (2)

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« Les échanges mondiaux se caractérisent toujours par leur forte concentration des acteurs : cinq pays dont quatre d’Amérique Latine -Equateur, Colombie, Costa Rica, Guatemala et Philippines- représentent 11,6 milliers de tonnes exportées (2010) sur un total mondial de 13,9 milliers de tonnes, soit 83% des exportations mondiales.

L’Union européenne produit environ 600 000 tonnes, dont l’Espagne avec les Iles Canaries, la France avec la Guadeloupe et la Martinique,  la Grèce avec la Crète et la Laconie, ainsi que le Portugal avec Madère, les Açores et Algarve.

En 2008, 72% des bananes vendues en Europe provenaient d’Amérique latine, 17% des pays ACP (Pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique) et 10,5% de l’Union européenne. »

L’araignée

L’araignée incriminée dans les divers articles est toujours la même : l’araignée banane ou Phoneutria nigriventer (Keyserling 1891). Cette espèce se rencontre au Brésil, au Paraguay, en Uruguay et en Argentine. Etant donné que plus de 70 % des bananes importées en Europe proviennent de ces pays, la probabilité d’importer avec elles une araignée banane est crédible.

Cette araignée a la réputation de se cacher dans les régimes de bananes, d’où l’appellation anglaise de banana spider (littéralement « araignée des bananes », traduit par « araignée-banane »). Elle a des pattes grandes de 130 à 150 mm pour un corps de 17 à 48 mm. Là où les journalistes à sensation ne se trompent pas, c’est qu’il s’agit d’une araignée au venin puissant. Sa morsure peut-être très douloureuse et provoquer un état de choc. Les effets observés sur une personne mordue sont de la sueur, une accélération cardiaque et une sensation de froid et de raideur. Il s’agit d’un venin neurotoxique s’attaquant aux nerfs et aux muscles. On rapporte également chez l’homme mordu une érection tellement forte qu’elle en devient douloureuse.

Phoneutria nigriventer

Phoneutria nigriventer

Cependant, on citera ce passage extrait de l’ouvrage « Biology of spider » (3) : « sa morsure est rarement mortelle pour l’homme, probablement à cause de la faible quantité de toxine injectée lors d’une morsure défensive. ». Nous en avions déjà parlé dans un autre article, les morsures d’araignées (tout comme celles des serpents) sont souvent dites blanches, çad exemptes de venin ou en faible quantité puisque l’animal mord dans ce cas pour se défendre et non pour attraper une proie. Cela étant dit, loin de moi l’envie de minimiser la dangerosité de cette araignée banane, je n’irais personnellement pas y mettre la main.

Le transport des fruits

Donc, on peut penser qu’en achetant des fruits exotiques, le risque de ramener les petites bêtes qui vont avec est bien présent…

-C’est tout à fait logique et voici un extrait d’un vieil article qui tirait déjà la sonnette d’alarme sur l’importation des bananes depuis le Mexique vers les Etats-Unis (4)

 « U. S. Public Health Service quarantine personnel inspected 100 trucks carrying Mexican bananas as they were unloaded in Brownsville, Texas, in 1964-65. Of the animals recovered of possible public health interest, 5 species of vertebrates and 31 species of invertebrates have been identified. Included are several species not established in the United States. Rice rats, Oryzomys couesi (Alston), and harvest mice, Reithrodontomys fulvescens J. A. Allen. were the commonest rodents taken. An average of a rat or a mouse was captured for approximately each 2 trucks examined. This study suggests that present quarantine regulations should be strengthened to prevent more effectively the entrance of potential reservoirs and vectors of zoonotic infections in bananas and other fruit or vegetables imported by land vehicles. »

La culture de la banane

Nous allons devoir nous pencher sur les pratiques culturales des bananes :

Les bananes sont majoritairement issues de productions non biologiques et donc traitées avant et surtout après récolte. Je me souviens d’un reportage programmé à la télévision il y a quelques années qui nous montrait comment on procédait à la récolte de bananes. Ce qui m’avait marqué à l’époque, c’était le nombre de bains et de traitements que le fruit subissait avant son envoi pour commercialisation.

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En faisant quelques recherches sur le sujet, je suis tombée sur un article scientifique intitulé « la banane : de son origine à sa commercialisation » (5). Ce document décrit les différentes étapes de la culture de la banane en Afrique, mais l’on peut facilement supposer qu’elle est fort semblable dans les autres pays.

Le passage qui nous intéresse ici est le suivant :

« De la récolte au conditionnement : A la station d’emballage, les régimes sont accrochés à un rail et les mains sont séparées de la hampe florale à l’aide d’un couteau (Figure 3). Les mains sont ensuite plongées dans un bac d’eau enrichi en chlore et en alun appelé bac de dépattage afin de permettre l’écoulement du latex (Figure 3). A la sortie de ces bacs, les mains de bananes sont récupérées, parfois frottées à l’aide d’une éponge savonneuse, et sont découpées en bouquets de 3 à 8 fruits. Ces derniers sont alors placés dans un second bac, appelé bac de lavage, pendant au moins 20 min (Figure 3). Ils sont ensuite acheminés sur des tapis roulants vers la zone de traitement fongicide avant d’être pesés et conditionnés dans des emballages plastiques (sacs en polyéthylène perforé ou non, avec ou sans vide d’air) et disposés dans des cartons d’exportation (Figure 3). Les techniques de traitement chimique sont très variées : trempage, tunnel de pulvérisation, pulvérisateurs, cascades, badigeonnage manuel, etc. Mais il semble qu’un bon mouillage des fruits soit essentiel pour assurer une bonne efficacité des traitements fongicides (de Lapeyre de Bellaire et al., 1994)

De la station d’emballage à la mûrisserie : Les cartons de bananes sont regroupés sur des palettes et sont stockés dans un container refroidi à 13 °C (Figure 3). La mise au froid permet d’une part, de minimiser la production d’éthylène et de retarder le processus de maturation et d’autre part, de réduire le développement de champignons éventuellement présents (Krauss et al., 2000). Ces containers sont acheminés par camion vers le port de Douala où les palettes sont débarquées et entreposées dans les cales de navires. Par la maitrise de la température, de l’hygrométrie et de la composition de l’atmosphère, ces cales assurent la conservation des bananes durant la traversée maritime. Au bout d’une dizaine de jours, les palettes sont débarquées dans le port de destination et sont acheminées par voie terrestre vers les mûrisseries où s’effectuera la maturation artificielle des bananes (Figure 3). Cette maturation est initiée par un apport exogène d’éthylène durant 24 h à une température de 20 °C. Au terme de ces 24 h, les fruits sont ventilés et peuvent être commercialisés. »

On est en droit de se demander alors : est-ce que quelque chose de vivant peut encore résister à ce genre de traitement ? Et on mange ça ?

Les témoignages

Pourtant, les témoignages d’araignées dans des bananes existent bel et bien, et après avoir parcouru de nombreux sites et forums divers, je tombe finalement sur un cas non médiatisé et présenté dans un forum d’identification d’arthropodes. Un habitant de Montpellier poste la photo d’une araignée vivante coincée dans un emballage en plastique de bananes en provenance des Caraïbes.

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http://araignees.vraiforum.com/t2310-demande-d-identification-araignee.htm

Un autre article (6), paru sur le site du célèbre magazine Scientific American nous apprend que chaque années, des araignées seraient retrouvées aux Etats-Unis dans des supermarchés vendant des bananes (l’article mentionne également des cas liés à des grappes de raisins). Selon l’auteur, les araignées qui auraient survécu aux traitements chimiques tomberaient ensuite en léthargie lors du transport à basse température de ces fruits et se réveilleraient une fois replacés dans les rayons…

La culture bio

Quid des bananes bio ? Vous allez penser que ces fruits doivent être infestés d’animaux dangereux… pourtant, on n’en parle jamais dans la presse. De plus, que le fruit soit bio ou non, il subit une série de traitements : extrait de « Faisabilité technique de l’agriculture biologique en Martinique : productions  (bananes) » (7)

« ll est évident qu’en production agrobiologique, ce conditionnement devra s’effectuer dans des conditions différentes (unité séparée) encore mieux contrôlées, avec une très grande qualité de l’eau et l’absence d’application de fongicides. La suppression des traitements fongicides post-récolte obligera à être très strict sur la qualité des travaux et la propreté des équipements :

–          réduction de l’inoculum dès la floraison au champ : engainage au stade « tête de cheval » et épistillage ;

–          maîtrise de la qualité de l’eau de lavage et de rinçage des fruits en station (recyclage et traitement biologique des eaux – en cours de développement à la Martinique – [Gracien et Richard, 2003]) ; 

–          propreté permanente de la station d’emballage et des abords (absence de foyers fongiques ou bactériens) ;

–          utilisation d’emballages avec polybags non perforés et vide partiel (aspirateur ménager);

–          mise en froid rapide à 14 °C dès la sortie de conditionnement. »

Conclusions

Les araignées qui se retrouvent coincées à l’intérieur même d’un sachet en plastique sont des araignées extrêmement  agiles. D’un autre côté, ce genre d’animal aime se cacher et je verrais très bien une araignée grimper dans un bac de bananes fraichement sorties du bain et s’y faufiler avant que les fruits partent à l’emballage. Cette même araignée pourrait éventuellement pondre sur les bananes, ce qui expliquerait les clichés montrant un cocon de soie collé à la peau de banane. Plausible, oui, mais cela ne doit pas se produire très souvent.

Il serait donc erroné de ma part de dire que ce genre de faits divers ne peut pas exister et me voilà fort marrie car je vous avouerais qu’en commençant cet article, j’avais la conviction de pouvoir démentir ces histoires à 100% (maintenant je pense pouvoir dire que c’est faux à 99,99%). Laissons tomber de toute façon le côté grandiloquent  de la famille obligée de fuir sa maison, ainsi que la fréquence avec laquelle ces cas se produisent. Disons que cela pourrait éventuellement se produire mais c’est rarissime. Il est effectivement tout à fait vraisemblable d’importer des animaux vivants en même temps que de la marchandise. En augmentant les transports de produits d’importations, on a augmenté le risque d’accueillir des passagers « clandestins ».

Le cas du Frelon asiatique (Vespa velutina Lepeletier, 1836) introduit accidentellement en France probablement via l’importation d’un lot de céramiques chinoises et qui se répand maintenant dans toute la France est un cas suffisamment grave que pour ne pas l’oublier…

Concernant les histoires d’araignées dans les bananes, il semblerait que les journalistes tiennent cette histoire sous le coude et nous la ressorte de temps en temps. Dans le jargon internet, on appelle cela un buzz ou plus précisément un fake : une fausse histoire sensationnelle qui se répète pour appâter et épater la galerie…

Enfin, je pense que la probabilité de s’abimer la santé en mangeant des fruits traités aux pesticides est bien plus importante et réelle que celle de se faire attaquer par une araignée venimeuse s’étant glissée à l’intérieur d’un sachet de bananes.

Donc vive les bananes bio !

En plus, c’est la semaine sans pesticide… ça tombe bien !

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 Brigitte Segers

Références citées dans cet article :

(1) Bonte, Marie-Elisabeth (2001). La banane un fruit en sursis. CTB, agence belge de développement : 1-48 http://befair.be/sites/default/files/all-files/brochure/La_banane,_un_fruit_en_sursis.pdf

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(2) Site CNUCED : http://www.unctad.info/fr/Infocomm/Produits-AAACP/FICHE-PRODUIT–Bananes

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(3) Rainer F. Foelix (1996). Biology of spiders. Oxford university press : 1-330

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(4) EADS, R. B.; CAMPOS, E. G.; TREVINO, H. A. (1966). Quarantine Problems Associated with the Importation of Bananas from Mexico. Entomological Society of America Volume 59, Number 4 : 896-899.

(5) Ludivine Lassois, Jean-Pierre Busogoro et Haïssam Jijakli, «La banane : de son origine à sa commercialisation», Biotechnol. Agron. Soc. Environ., volume 13 (2009)  numéro 4 : 575-586 : http://popups.ulg.ac.be/Base/document.php?id=4729

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(6) Erica Westly. Do dangerous spiders lurk in grocery store produce? Scientific American (Mar 24, 2009) http://www.scientificamerican.com/article/dangerous-spiders-grocery-produce/

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(7) Quénéhervé, P. (2005) : Faisabilité technique de l’agriculture biologique en Martinique : productions. Agriculture biologique en Martinique (Chapitre 4) : 1-92

http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers10-04/010035424.pdf

FAQ: Comment les araignées peuvent-elles manger leur fil de soie ?

Certains le savent peut-être déjà mais certaines araignées recyclent leur toile. Pourquoi ? Comment ? Tel est l’objet de cette FAQ demandée par un lecteur (Guillaume).

Commençons par le commencement. Toutes les araignées et seulement les araignées sont capables de produire de la soie à tous les stades de leur vie. C’est ce point précis – tous les stades de leur vie – qui différencie (du point de vue de la soie) les araignées de certains autres arthropodes capables de produire également de la soie. Prenons l’exemple du ver à soie, Bombyx du mûrier (Bombyx mori) créé pour la production de soie. Seule la chenille de ce Lépidoptère domestiqué est capable de produire de la soie. L’adulte devenu papillon ne sera ensuite plus capable de produire de la soie.

Comment produire de la soie ?

Pour produire de la soie, les araignées sont pourvues de glandes dites séricigènes. L’araignée est dotée de différentes glandes à soie capables de produire différents types de soie en fonction de l’usage qu’elle en fera :

–          fil de sécurité  et fil d’envol ;

–          toile spermatique (uniquement pour le mâle) et soie d’emballage ;

–          construction du cocon (uniquement la femelle) ; soie entourant les œufs (uniquement la femelle) ;

–          glu des spirales collantes ; montants axiaux des spirales collantes…

La soie est stockée sous forme liquide dans la glande séricigène. Le passage de la forme liquide à la forme solide n’est pas entièrement comprise mais il semble que ce soit la traction qui transforme cette substance liquide en ce matériau extrêmement léger et solide : la soie.

Pour délivrer la soie, celle-ci passe par les filières disposées au bout de l’abdomen, en trois rangées de deux paires. Chaque filière contient de très nombreux et minuscules robinets appelés fusules. Chaque glande à soie est reliée à une filière bien spécifique. La plus simplifiée des glandes à soie est présente chez les araignées les plus archaïques qui possèdent dès lors généralement un seul type de glande. A l’inverse, on peut dénombrer au moins 4 différentes sortes de glandes à soie chez les araignées baladeuses et jusqu’à 7, voire 8 glandes chez les araignées orbitèles.  Le fil de soie que l’on voit est donc un enchevêtrement de nombreux fils différents.

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Fusules délivrant différentes soies (en mauve) qui forment un fil plus épais (Agrandissement microscope electronique, couleurs non naturelles)

Stricto sensu, les araignées orbitèles sont des araignées qui construisent des toiles circulaires (ou orbiculaires). Dans la littérature, on tend parfois à relier le terme orbitèle aux seuls membres de la famille des Araneidae (les Epeires) ce qui n’est pas tout à fait exact puisque d’autres araignées comme les Tetragnathes (Tetragnathidae), certaines Uloboridae, les Nephilidae et d’autres encore construisent aussi des toiles circulaires.

Pourquoi manger sa propre soie ?

La réponse se trouve dans la composition même de la soie : la soie d’araignée est composée d’un pourcentage élevé d’acides aminés (formant les protéines). Etant donné que l’araignée se nourrit de protéines, elle est capable d’assimiler complètement sa propre soie. Le fait de manger sa propre soie diminue donc le coût énergétique de la production de soie.

Il a d’ailleurs été observé que la composition chimique en acides aminés de la soie varie en fonction de la diète de l’araignée. (I-Min Tso, Hsuan-Chen Wu and In-Ru Hwang, 2004).

Toutes les araignées ne recyclent pas leur soie. Certaines espèces jettent simplement leur ancienne toile en détachant celle-ci du cadre avant de recommencer l’ouvrage. Mais la majorité des araignées orbitèles mangent leur soie. Ce phénomène s’observe principalement pour les araignées dont la toile possède une spirale collante. Si on y réfléchit de plus près, ce sont également ces araignées qui reconstruisent leur piège quotidiennement : ça tombe bien me direz-vous…

Exemple : l’Epeire diadème (Araneus diadematus, Araneidae) reconstruit sa toile toutes les nuits : les gouttelettes de glu se desséchant assez vite, pour rester efficace, le piège doit être reconstruit.

Les araignées mangent également la soie qui leur a servi à emmailloter leur proie.

Enfin, en faisant des recherches sur internet, je me suis arrêtée sur une publication fort intéressante expliquant le comportement étrange de l’araignée cleptoparasite* Argyrodes flavescens (Theridiidae) : cette araignée se nourrit de la soie de la toile de l’araignée hôte lorsque les proies viennent à manquer ! (Miyashita, T., Maezono, Y. and Shimazaki, A., 2004)

* les araignées cleptoparasites sont des araignées spécialisées dans le vol de proies. On parle de comportement cleptobiotique. Généralement, ces araignées vivent en périphérie de la toile piratée et y viennent pour y voler la nourriture attrapée par le propriétaire. Ce terme ne s’applique pas qu’aux araignées.

Comment les araignées font-elles pour ré-ingurgiter leur soie ?

Je n’ai pas trouvé de réponse précise à cette question. On peut penser que l’araignée utilise ses enzymes digestives pour pré-digérer la soie comme elle le fait pour pré-digérer ses proies ? Si quelqu’un connait la réponse (avec références précises) je suis preneuse.

On sait par contre que les protéines présentes dans la soie sont largement conservées durant les constructions successives de toiles. Après avoir marqué la soie d’une vieille toile avec des marqueurs radioactifs, ceux-ci ont été retrouvés très rapidement dans la nouvelle toile construite, parfois après seulement 30 minutes entre le moment où l’araignée mange sa toile et en reconstruit une nouvelle. La vieille soie est donc rapidement recyclée et les protéines s’y trouvant sont presqu’entièrement réutilisées.

Brigitte Segers

Références :

I-Min Tso, Hsuan-Chen Wu and In-Ru Hwang (2004). Giant wood spider Nephila pilipes alters silk protein in response to prey variation. The Journal of Experimental Biology 208 : 1053-1061

Miyashita, T., Maezono, Y. and Shimazaki, A. (2004). Silk feeding as an alternative foraging tactic in a kleptoparasitic spider under seasonally changing environments. Journal of Zoology, 262: 225–229.

Todd A. Blackledge, Matjaz Kuntner and Ingi Agnarsson (2011). The Form and Function of Spider Orb Webs: Evolution from Silk to Ecosystems. Advances in Insect Physiology, 41 : 175-262.

Rainer F. Foelix (1996). Biology of spiders. Oxford university press : 1-330.

FAQ : Combien d’araignées avalons-nous pendant notre sommeil ?

Que le temps passe vite, nous sommes bientôt au mois de juillet, et pas d’araignées du mois à se mettre sous la dent ? Le GT araignées se rattrapera le mois prochain, c’est promis. En attendant, et pour ne pas décevoir nos lecteurs, voici une nouvelle démonstration de ce qu’il faut croire et ne pas croire au sujet des araignées…

FAQ : Combien d’araignées avalons-nous pendant notre sommeil ?

L’aranéologie n’est pas une passion très courante et lorsque le sujet est abordé lors d’une soirée, vous pouvez être certain de ne pas passer inaperçu. Il m’arrive donc très souvent de me retrouver en train d’argumenter au sujet des araignées après que l’on m’ait demandé « et toi, tu fais quoi ? ». Ce qui est le plus surprenant, c’est le nombre de gens qui trouvent tout de suite quelque chose à dire sur ce sujet plutôt inhabituel et qui ont l’impression d’en connaître beaucoup plus que vous… Pour ma part, il ne m’est jamais venu à l’idée de débattre de carrosseries avec un garagiste ni de tuyauteries avec un plombier, car je n’y connais rien.

C’est ainsi que j’ai eu il y a quelque temps une conversation au sujet du nombre d’araignées ingérées lors du sommeil. Une connaissance me certifiait que nous mangions plusieurs araignées au cours de la nuit, car celles-ci se faufilaient à notre insu dans notre bouche et nous les avalions inconsciemment. J’avais déjà entendu cette histoire de nombreuses fois et j’essayais donc de raisonner cette personne en lui expliquant que cela n’était pas vrai et que les araignées n’avaient rien à faire dans notre lit la nuit…

Et puis, tout récemment, je suis tombée sur un article sur le sujet, complet, non dénué d’humour et intelligent. N’ayant pas toujours tout le temps nécessaire à la rédaction d’articles pour ce blog, je me permets donc de sauter sur l’occasion pour vous le proposer et pour démontrer qu’il s’agit bien d’une légende urbaine…

Les illustrations, signées Marion Montaigne, proviennent de son blog humoristique de vulgarisation scientifique intitulé Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même) et dans lequel un post est dédié aux araignées (mardi, arachnophobie). Je vous invite à le lire dans son intégralité !

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Illustration Marion Montaigne, extrait de son blog Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même) : mardi, arachnophobie

Combien d’araignées avalez-vous réellement durant votre sommeil ?

[Texte complet en anglais] by Matt Soniak

Certains répondront 3, d’autres 8 et d’autres encore plusieurs douzaines. Pourtant, si vous posez la question à un connaisseur, le nombre réel d’araignées ingérées tombera à zéro…

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Illustration Marion Montaigne, extrait de son blog Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même) : mardi, arachnophobie

Rod Crawford, conservateur des Arachnides au Burke Museum de Seattle et détracteur dédié aux mythes sur les araignées, explique sur le site Mental Floss pourquoi cela ne risque pas de vous arriver :

1)      « il faut que votre bouche soit ouverte. Bien sûr, certaines personnes dorment comme ça, mais pas tout le monde. Pas de bouche ouverte, aucune araignée ingérée. »

2)      « les araignées doivent atteindre votre lit. « Un lit tout à fait normal et parfaitement fait a peut-être une ou deux araignées en visite par an. » Ajoutez quelques humains au lit, et les araignées ne voudront vraiment rien avoir à faire avec eux. « La plupart des gens roulent et bougent dans leur sommeil », écrivent les médecins Aaron Carroll et Rachel Vreeman dans leur livre « N’avalez pas votre chewing-gum : mythes, demi-vérités et des mensonges au sujet de votre corps et la santé ». « Ce laminage serait probablement effrayant pour les araignées et les dissuaderait d’errer n’importe où près de votre visage. »

3)      « l’araignée aurait du mal pour réussir à traverser votre corps jusqu’à votre bouche et il est peu probable qu’elle ait l’audace d’entrer dans un orifice qui exhale un souffle chaud. « Essayez juste de souffler sur une araignée et regardez comment elles réagissent à ça! », dit Crawford. « Ce n’est pas attrayant pour elles! ».

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Illustration Marion Montaigne, extrait de son blog Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même) : mardi, arachnophobie

4)      Enfin, vous auriez à avaler l’araignée en dormant, encore que soulignent Carroll et Vreeman : « nous n’avalons pas automatiquement à chaque fois que quelque chose passe dans notre bouche. » « Les chances sont […] incroyablement faibles »… « Les chances d’avaler une araignée en dormant sont donc très très faibles. » « La probabilité que toutes ces choses se déroulent en même temps; qu’il y ait une errance arachnoïde, qu’une araignée potentiellement suicidaire se trouve à proximité immédiate de votre bouche, qu’elle soit déterminée à se risquer dans un espace respiratoire humide et sombre et qu’il y ait un déclenchement de votre réflexe de déglutition, cette probabilité est vraiment incroyablement faible », écrivent Carroll et Vreeman. Aussi, si cela avait le malheur d’arriver, vous n’auriez aucune preuve… puisque vous dormez ! Et la probabilité que votre voisin de lit ait les yeux rivés sur votre bouche à ce moment précis est quasi-nulle… Qui plus est, dit Crawford, chaque fois que vous entendez cette histoire, le narrateur parle d’un nombre différent d’araignées et d’un laps de temps différent où elles sont censés être avalées. Donc, même si une seule version avait été correcte, presque tous les autres conteurs seraient toujours en train de « mentir ».

« Everything that ‘everybody knows’ about spiders…is wrong! »  Rod Crawford

« Tout ce que les gens savent sur les araignées… est faux! » Rod Crawford

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Références :

http://www.gentside.com/insolite/combien-d-039-araignees-mangez-vous-reellement-durant-votre-sommeil_art51542.html

http://mentalfloss.com/article/50951/how-many-spiders-do-you-really-swallow-your-sleep#ixzz2XUl9bV3C

http://www.burkemuseum.org/spidermyth/index.html

Illustrations :

http://tumourrasmoinsbete.blogspot.fr/2013/06/mardi-arachnophobie.html

FAQ : est-ce une araignée qui m’a piqué dans mon lit ?

C’est en visionnant une vidéo sur internet que m’est venue l’idée de poster cette FAQ (question fréquemment posée) et qui a déjà été évoquée de nombreuses fois sur ce blog. A chaque fois que je mentionne à des gens que je m’intéresse aux araignées, se pose alors inévitablement la question de l’araignée qui pique les gens pendant la nuit…

Non, les araignées ne « piquent » pas intentionnellement les hommes durant leur sommeil, ni durant la journée d’ailleurs.

Pourquoi ?

– Une araignée ne « pique pas », elle mord éventuellement puisque l’organe qui lui permet de se nourrir est constitué entre autre de deux crochets appelés chélicères et que l’on utilise le terme piqûre pour les insectes lorsqu’il s’agit d’un aiguillon, d’un dard ou d’un rostre (voir abeilles, moustiques, punaises, puces, etc)

(piqûre : plaie causée par un instrument piquant ou certains insectes)

– L’araignée est un prédateur d’autres arthropodes (insectes, araignées, crustacés, …) mais certainement pas de l’homme.

– L’araignée ne se nourrit pas de sang humain (ni de sang d’autres animaux à sang chaud)

– Les chélicères de nombreuses araignées sous nos latitudes ne sont pas capables de transpercer la peau humaine, cela se confirme encore plus pour les espèces habitant nos maisons.

– Les araignées n’ont rien à faire dans notre lit, ce n’est pas leur habitat naturel.

La faute à qui alors ?

Ce n’est pas parce que vous vous êtes réveillés avec plusieurs petits trous dans la peau que c’est la faute à une araignée. Souvent, les insectes piquent plusieurs fois, en ligne car ils ont trouvé un capillaire sous la peau. Les moustiques peuvent être présents toute l’année dans les maisons (même en hiver, surtout si vous possédez un aquarium). Les Punaises de lit (Cimex lectularius) que l’on a complètement oublié font un retour en force en Europe, et même en Belgique. Dans cet article, on peut lire que « l’entreprise Rentokil, spécialiste de la désinsectisation, explique avoir été confrontée en moyenne six à sept fois par semaine à l’insecte (ndlr : la Punaise de lit) en 2011 en Belgique contre une fois par mois en 2000. »

Piqûres causées par des Puniases de lit

Piqûres causées par des Punaises de lit

Lire aussi : http://www.punaise.info/signes-de-presence-des-punaises-de-lit

Donc, moi, si j’étais vous, je garderais précieusement les araignées dans ma maison car en plus d’être inoffensives, ce sont des insecticides gratuits et 100 % bio !

Et pour conclure, regardez cette excellente petite vidéo éducative vue sur Terre.tv : court, simple, juste… cela fait du bien à voir et à entendre.

Brigitte Segers

FAQ : est-ce que cela a du sens de mettre des araignées vivant dans nos maisons dehors ?

Suite au reportage diffusé sur la RTBF dans l’émission « On n’est pas des pigeons », une question très pertinente nous a été posée, à savoir : Est-ce que ça a du sens de mettre dehors des araignées qui visiblement choisissent l’intérieur de nos maisons pour y vivre. Sont-elles capables de survivre à l’extérieur ?

La réponse n’est pas simple et doit être nuancée…

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Les araignées dont l’habitat correspond à nos maisons sont des espèces qui évoluaient, avant l’invention de la villa quatre façades, soit dans des abris naturels tels grottes et amas rocheux (dans lesquels température et degré d’humidité sont constants) soit dans des régions plus chaudes.

En parcourant les quelques guides sur les araignées dont je dispose, la majorité des espèces que nous rencontrons dans nos maisons sont également capables de vivre aux alentours –  voir tableau ci-dessous ‘dans et près des maisons’ – en trouvant refuge sous des rochers, dans des trous d’arbre ou tout autre refuge naturel.

Il existe néanmoins un petit nombre d’espèces plus fragiles – voir tableau ci-dessous ‘uniquement à l’intérieur’ – qui pourront éventuellement survivre dehors mais qui ne trouveront pas là les conditions optimales à leur développement, à savoir : d’autres congénères pour la reproduction, des proies typiques des maisons, des conditions climatiques acceptables pour le développement des œufs.

Enfin, si l’on remet une araignée dite « des maisons » dehors, il y a fort à parier pour qu’elle y revienne très vite…

 Quelques exemples d’araignées que l’on peut retrouver dans nos maisons :

Amaurobius ferox (Amaurobiidae) dans et près des maisons
*Uloborus plumipes (Uloboridae) uniquement à l’intérieur
Scytodes thoracica (Scytodidae) uniquement à l’intérieur
Pholcus phalangioides (Pholcidae) uniquement à l’intérieur
Steatoda bipunctata (Theridiidae) dans et près des maisons
La plupart des Tegenaria (Agelenidae) dans et près des maisons, excepté Tegenaria domestica, uniquement à l’intérieur
Salticus scenicus (Salticidae) dans et près des maisons
Oecobius navus (Oecobiidae) dans et près des maisons
Oonops domesticus (Oonopidae) uniquement à l’intérieur

*Uloborus plumipes est une espèce exotique qui ne se trouve pas à l’état naturel chez nous. Cette araignée vie dans les serres et pépinières et se retrouve parfois dans les maisons par le biais des plantes – elle fera d’ailleurs l’objet d’un prochain billet. Je ne pense pas que cette espèce survivrait dehors en plein mois de décembre.

Encore faut-il pouvoir identifier tout ce petit monde… et les attraper (Oonops domesticus ne fait pas plus de 2 mm et est nocturne)

Donc, la solution idéale pour les arachnophobes et autres personnes voulant se débarrasser à tout prix des araignées qui se trouvent à l’intérieur de leur maison, c’est de les mettre à la cave.

Évidemment, et comme le dit à très juste titre Willy, si le choix se porte sur mettre l’araignée dehors ou l’écraser, alors il vaut mieux la mettre dehors en espérant qu’elle trouve une autre habitation plus accueillante… un abri de fortune autour d’une terrasse, un débarras de jardin… voire un « hôtel à insectes » car elle y trouvera alors le gîte et le couvert ;))

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Hotel à insectes

B Segers.

remarque : la circulation inverse existe aussi, certaines araignées vivant uniquement à l’extérieur peuvent se retrouver accidentellement dans les maisons via nos vêtements, animaux domestiques, ou autres transporteurs. Ces espèces ne « rentrent » pas dans les maisons en automne pour rechercher la chaleur de votre foyer comme on l’entend souvent dire. Mais c’est là un autre sujet…

Faq : Pourquoi retrouve-t-on de grosses araignées poilues dans les baignoires ?

De nombreuses personnes connaissent la réponse mais il est toujours intéressant de se pencher sur quelques détails anatomiques de nos chères araignées.

Presque tout le monde est tombé un jour ou l’autre sur une araignée posée au fond de la baignoire. Se retrouver face à une belle grosse Tégénaire poilue avant d’enjamber le bord de la baignoire ne plaît pas à tout le monde, j’en conviens. Mais dites-vous qu’elle aura eu aussi peur que vous, surtout si vous n’étiez pas habillé.

Si vous êtes tombé sur ce spécimen, ce n’est pas parce que l’araignée vient d’arriver dans votre salle-de-bain en même temps que vous, mais bien parce qu’elle est coincée là car elle ne peut pas en ressortir.

Tegenaria sp. dans un évier (Photo A. Moreau)

Tegenaria sp.
(Photo A. Moreau)

Les araignées possèdent huit pattes locomotrices qui se terminent par des crochets (au nombre variable selon les Familles). Mais de nombreuses espèces possèdent en plus de ces crochets des brosses de poils que les scientifiques englobent sous le terme anglais scopulae (du latin scopula : petite brosse de brindilles ; ou scopae : branches, brindilles).

A la loupe grossissante ou au binoculaire, l’ensemble des scopulae forment une touffe de poils très dense qui permet à ces araignées de marcher sur des surfaces verticales glissantes, voire des vitres.

Mais pour être tout à fait précis, il faut ajouter que ces scopulae sont en fait composés de deux parties :

extrait du livre "les araignées" par Michel Hubert

schéma extrait du livre « les araignées » par Michel Hubert

f : sur l’extrémité des tarses (dernier segment d’une patte d’araignée) on retrouve les fascicules unguéaux*. Ce sont ces touffes denses de poils à proprement parlé que l’on voit au bout de pattes ;

s : ces fascicules unguéaux se prolongent parfois vers l’arrière sous le tarse, voire sous le métatarse (avant dernier segment d’une patte d’araignée) et que l’on décrit alors simplement comme scopulas. D’ailleurs, le terme scopula englobe tout amas de poils et peut s’observer sur d’autres parties du corps d’une araignée.

* unguéaux : qui concerne les ongles (et si vous arrivez à placer ce mot dans un scrabble, je vous paie un verre)

L’ensemble de ces mini brosses fonctionnent comme des ventouses grâce à l’adhésion dite capillaire. Plus simplement, les poils densément regroupés adhèrent au substrat par l’intermédiaire d’un mince film de liquide, par exemple l’eau présente dans l’humidité de l’air. Il faut donc un minimum d’humidité pour que les scopulae accrochent à la paroi, ce qui explique que même une araignée possédant ces scopulae ne pourra pas grimper sur une surface en Téflon, le Téflon présentant un coefficient de friction tellement faible qu’il ne retient même pas l’eau.

Selon les Familles et les espèces, les scopulae sont plus ou moins denses, de formes différentes, composés de soie de certaines épaisseurs, à certains endroits, …, déterminant des forces d’adhésion variables selon le type d’araignée.

Scopulae et détail des soies chez Micrommata virescens (Sparassidae)

à gauche, scopulae – à droite, détail des soies chez Micrommata virescens (Sparassidae)

Photographie extraite d’une page de ScienceDirect.com et reprenant divers scopulae (Comparative morphology of pretarsal scopulae in eleven spider families)

Donc, notre ‘pauvre’ Tégénaire ne possède évidemment pas ces scopulae et ne peut donc pas sortir de la baignoire. Et la soie me direz-vous ? J’ai beaucoup réfléchi à cette question et je suppose qu’il faudrait un effort énergétique Herculéen et un temps extrêmement long à cette araignée pour tisser une toile en nappe suffisamment haute que pour sortir du précipice dans lequel elle est tombée… encore faut-il qu’elle arrive à faire adhérer sa soie aux parois glissantes alors qu’elle ne sait pas s’y tenir elle-même.

La grande majorité des Tégénaires coincées dans les baignoires ou éviers profonds à paroi lisse sont des mâles qui sont partis en expédition dans votre maison ou appartement pour s’accoupler avec une femelle qui elle est restée sagement planquée dans sa toile dans un coin de cave, de débarras ou tout autre endroit humide et sombre.

Alors, après toutes ces explications pointilleuses et surtout pileuses, j’espère que la prochaine fois que vous verrez une Tégénaire dans le fond de la baignoire, vous lui donnerez un coup de patte pour la faire sortir de là. Sinon, il y a l’échelle à Tégénaire photographiée à l’exposition « au fil des araignées » de Paris qui pourrait vous donner quelques idées… on construit bien des abris pour les insectes, alors pourquoi pas des sorties de secours à araignées ;)

une échelle pour sauver les Tégénaires

une échelle, un peu courte, pour sauver les Tégénaires
Photo B. Segers ; exposition « au fil des araignées »

B Segers