Araignée du mois (20) : Micrommata virescens

Nous vous proposons une nouvelle araignée du mois : Micrommata virescens. Celle-ci me tient particulièrement à coeur car elle est tout simplement magnifique… Elle vous est présentée par notre ami Willy Van de Velde.

 

La Micrommata verteChuvashia 2011-1e
Nom latin : Micrommata virescens (Clerck, 1757) (syn. Micrommata roseum)
Nom vernaculaire : Micrommata verte, ou araignée verte.
Famille : Sparassidae (anciennement Heteropodidae)
Taille : Femelle : 10-15mm Mâle : 7-10mm
Habitat : Au sol, au sein de la végétation des clairières et lisières forestières ensoleillées.
Saison : Maturité de la fin du printemps jusqu’à l’automne.

La famille des Sparassides est surtout présente dans les régions tropicales et subtropicales. En Belgique, cette famille est représentée par un seul genre : Micrommata.

Si Micrommata virescens est décrite comme répandue et commune, son observation se mérite tant les couleurs des deux sexes à chaque stade lui assurent un camouflage parfait : la femelle présente un céphalothorax et des pattes vert vif, quasiment fluo, et un abdomen jaune-vert éclairci par une fine pilosité blanche. Le mâle quant à lui est davantage olivâtre, avec un abdomen jaune à flancs roux présentant une bande longitudinale rouge. Les jeunes sont uniformément verts, leur teinte prenant une couleur paille tachetée de rouille peu avant l’hiver. Les yeux noirs sont très nettement cerclés de poils blancs, ce qui en renforce le contraste.

Sparassidae - Micrommata virescens

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Mâle de Micrommata virescens by Luc Viatour

Mimétisme parfait, donc, car cette araignée diurne vit au sol et dans la végétation des boisements ensoleillés, ou en lisières et clairières, où elle chassera ses proies plutôt à l’affut qu’en les poursuivant. Elle ne fabrique pas de toile. Il est renseigné qu’elle peut parfois fréquenter les prairies humides.

Une fois la maturité sexuelle atteinte, le mâle grimpe de face sur la femelle et se penche sur le côté pour introduire son bulbe copulateur dans le plus proche orifice génital de la femelle. L’accouplement peut durer plusieurs heures. Au moment de la ponte, la femelle tisse un cocon au sein d’une loge faite de feuilles reliées à l’aide de soie. Elle protègera sa couvée et attaquera tout intrus ! Il est à noter, en l’occurrence, que les chélicères de la Micrommata verte ne peuvent transpercer l’épiderme de l’homme.

Micrommata virescens est donc la seule espèce représentante de sa famille en Belgique. Il est semble-t-il peu connu qu’elle fréquente la région bruxelloise. Elle est pourtant bel et bien présente en forêt de Soignes, preuve avec cette photo d’une femelle aperçue dans la partie uccloise de la forêt, sous la vieille futaie de hêtres du triage de l’Infante.

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femelle Micrommata virescens by Willy Van De Velde (Bruxelles, Foret de Soignes)

 

Willy Van de Velde

Sources :

Guide des araignées et des opilions d’Europe – Dick Jones – Delachaux & Niestlé

Guide photo des araignes et arachnides d’Europe – Heiko Bellmann – Delachaux & Niestlé

Remarque : Si vous rencontrez un jour une femelle Micrommata virescens, vous pourrez voir littéralement son coeur battre : en effet, grâce à sa couleur vert diaphane, on peut observer le coeur de cette araignée vibrer au travers de sa tache cardiaque (c’est la lame vert foncé visible sur la face dorsale au centre de l’abdomen). (BS)

Un nouveau guide photo des araignées

Oyez, oyez, braves gens.
La nouvelle est telle qu’on a envie de l’annoncer sur tous les toits.

Un nouveau guide vient de paraître aux éditions Delachaux et Niestlé :
« Guide photo des araignées et arachnides d’Europe » de Heiko Bellmann, traduit et adapté par Philippe Jourde.

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Ce livre vient enfin combler un manque évident dans les guides naturalistes. Pour rappel, il n’existait qu’un seul guide photographique, le « Dick Jones » – le premier guide de terrain en langue française (aux mêmes éditions Delachaux et Niestlé) épuisé depuis de nombreuses années et qui se vendait à prix d’or sur certains sites de secondes mains. Les photos étaient un peu vieillottes mais le contenu était (et le restera toujours) une référence dans le milieu des naturalistes puisque l’ouvrage rédigé à la base par l’anglais Dick Jones, avait été traduit, adapté et complété par deux éminents aranéologues français, feu Jean-Claude Ledoux et Michel Emerit.

dick jones

La sortie d’un nouveau guide photo était attendue depuis belle lurette et le récent guide Vigot : « Quelle est cette araignée ? » de Martin Baehr et Heiko Bellmann paru en 2011 était un peu léger du point de vue de son contenu que pour rivaliser avec le Dick Jones.

vigotLe « Guide photo des araignées et arachnides d’Europe » de Heiko Bellmann est donc là pour combler ce manque et peut être comparé au « Dick Jones » : le nombre d’espèces (plus de 400 dans les deux guides), la qualité des clichés, les commentaires, le sérieux scientifique. Il faut dire qu’à l’instar de Dick Jones, Heiko Bellmann était un éminent biologiste allemand (malheureusement décédé il y a à peine trois semaines) auteur de nombreuses publications scientifiques et d’ouvrages de référence.

J’ajouterais même que ce nouveau guide est un rien meilleur encore que le précédent grâce à la présence d’explications assez complètes sur l’écologie de nombreuses espèces ; à noter aussi un chapitre de plus de 70 pages consacré aux autres arachnides dont certains groupes n’avaient pas ou peu été abordés auparavant : scorpions, schizomides, pseudoscorpions, opilions, solifuges, acariens, pantapodes et myriapodes.

Le tout est présenté dans un volume au format guide (un rien volumineux pour aller sur le terrain) au prix très raisonnable de 37 €.

Je ne peux donc plus que vous conseiller une seule chose : courez l’acheter !
Brigitte Segers

FAQ : Est-ce que je risque d’avoir des araignées mortelles dans ma maison en achetant des bananes ?

Une personne m’avait posé la question quant à la possibilité de rapporter chez soi des araignées exotiques en achetant des fruits importés.

Ces derniers jours, plusieurs articles sur le même sujet ont envahi la toile : un couple de Britannique a dû fuir sa maison infestée d’araignées extrêmement venimeuses après avoir acheté des bananes dans un magasin au coin de sa rue.

Info ou intox ?

Après quelques recherches sur Internet, on se rend compte qu’en l’espace de deux jours, le même fait-divers s’est produit à la fois en Grande-Bretagne et au Québec. Coïncidence ? Peut-être.  Pourtant l’un des articles mentionne que ce phénomène est extrêmement rare…

En poussant la recherche un peu plus loin, on apprend aussi que ce n’est pas la première fois qu’une famille britannique se voit contrainte de quitter son logement après avoir acheté des bananes… On peut alors penser qu’ils n’ont vraiment pas de chance en Grande-Bretagne.

Pourquoi cela n’arrive pas chez nous ? Et bien si, figurez-vous que l’on retrouve plusieurs chroniques quasi identiques mentionnant la découverte d’un cocon d’araignées ou d’un adulte dans un lot de bananes.

http://www.rtbf.be/info/societe/detail_nid-d-araignees-dans-une-banane-a-florennes?id=5400063

http://www.sudouest.fr/2011/05/21/rochefort-piquee-par-une-araignee-tropicale-cachee-dans-des-bananes-405089-7.php

Et en Belgique, on ne retrouve pas que des araignées dans les cageots de bananes : extrait de « La banane un fruit en sursis » (1)

« Fin 2009, de la cocaïne était trouvée dans une cargaison de bananes au port d’Anvers. Ce fait divers a mis un coup de projecteur sur l’importance du port belge dans le commerce de la banane en Europe. 26% des importations de bananes (en valeur, chiffres 2007) transitent par Anvers, porte d’entrée principale de la banane en Europe (18% pour l’Allemagne, 12% pour la Grande-Bretagne et 8% pour l’Italie). Si la Belgique compte ainsi 13% des fournisseurs de bananes européens, bien devant l’Allemagne (7%), les Pays-Bas (5%) et la France (2,2%), peu de bananes restent dans le pays. »

Outre les incidents signalant des araignées introduites dans les habitations de consommateurs de bananes, il est également fait mention de plusieurs cas de fermetures de supermarchés européens après la découverte d’une araignée venimeuse parmi les bananes…

L’affaire semble sérieuse, pire, elle engendre des retombées économiques négatives. Loin de moi l’envie de simplement démentir ces faits-divers, nous allons donc utiliser nos neurones pour analyser la situation plus en profondeur.

La banane

Tout le monde sait ce qu’est une banane, l’un des fruits le plus consommé au monde. Nous mangeons la plupart du temps la banane dessert sous sa variété Cavendish. Voici quelques chiffres pour nous représenter l’ampleur de cet empire. Extrait du site internet du CNUCED – Conférence des Nations Unies sur le Commerce Et le Développement (2)

banane

« Les échanges mondiaux se caractérisent toujours par leur forte concentration des acteurs : cinq pays dont quatre d’Amérique Latine -Equateur, Colombie, Costa Rica, Guatemala et Philippines- représentent 11,6 milliers de tonnes exportées (2010) sur un total mondial de 13,9 milliers de tonnes, soit 83% des exportations mondiales.

L’Union européenne produit environ 600 000 tonnes, dont l’Espagne avec les Iles Canaries, la France avec la Guadeloupe et la Martinique,  la Grèce avec la Crète et la Laconie, ainsi que le Portugal avec Madère, les Açores et Algarve.

En 2008, 72% des bananes vendues en Europe provenaient d’Amérique latine, 17% des pays ACP (Pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique) et 10,5% de l’Union européenne. »

L’araignée

L’araignée incriminée dans les divers articles est toujours la même : l’araignée banane ou Phoneutria nigriventer (Keyserling 1891). Cette espèce se rencontre au Brésil, au Paraguay, en Uruguay et en Argentine. Etant donné que plus de 70 % des bananes importées en Europe proviennent de ces pays, la probabilité d’importer avec elles une araignée banane est crédible.

Cette araignée a la réputation de se cacher dans les régimes de bananes, d’où l’appellation anglaise de banana spider (littéralement « araignée des bananes », traduit par « araignée-banane »). Elle a des pattes grandes de 130 à 150 mm pour un corps de 17 à 48 mm. Là où les journalistes à sensation ne se trompent pas, c’est qu’il s’agit d’une araignée au venin puissant. Sa morsure peut-être très douloureuse et provoquer un état de choc. Les effets observés sur une personne mordue sont de la sueur, une accélération cardiaque et une sensation de froid et de raideur. Il s’agit d’un venin neurotoxique s’attaquant aux nerfs et aux muscles. On rapporte également chez l’homme mordu une érection tellement forte qu’elle en devient douloureuse.

Phoneutria nigriventer

Phoneutria nigriventer

Cependant, on citera ce passage extrait de l’ouvrage « Biology of spider » (3) : « sa morsure est rarement mortelle pour l’homme, probablement à cause de la faible quantité de toxine injectée lors d’une morsure défensive. ». Nous en avions déjà parlé dans un autre article, les morsures d’araignées (tout comme celles des serpents) sont souvent dites blanches, çad exemptes de venin ou en faible quantité puisque l’animal mord dans ce cas pour se défendre et non pour attraper une proie. Cela étant dit, loin de moi l’envie de minimiser la dangerosité de cette araignée banane, je n’irais personnellement pas y mettre la main.

Le transport des fruits

Donc, on peut penser qu’en achetant des fruits exotiques, le risque de ramener les petites bêtes qui vont avec est bien présent…

-C’est tout à fait logique et voici un extrait d’un vieil article qui tirait déjà la sonnette d’alarme sur l’importation des bananes depuis le Mexique vers les Etats-Unis (4)

 « U. S. Public Health Service quarantine personnel inspected 100 trucks carrying Mexican bananas as they were unloaded in Brownsville, Texas, in 1964-65. Of the animals recovered of possible public health interest, 5 species of vertebrates and 31 species of invertebrates have been identified. Included are several species not established in the United States. Rice rats, Oryzomys couesi (Alston), and harvest mice, Reithrodontomys fulvescens J. A. Allen. were the commonest rodents taken. An average of a rat or a mouse was captured for approximately each 2 trucks examined. This study suggests that present quarantine regulations should be strengthened to prevent more effectively the entrance of potential reservoirs and vectors of zoonotic infections in bananas and other fruit or vegetables imported by land vehicles. »

La culture de la banane

Nous allons devoir nous pencher sur les pratiques culturales des bananes :

Les bananes sont majoritairement issues de productions non biologiques et donc traitées avant et surtout après récolte. Je me souviens d’un reportage programmé à la télévision il y a quelques années qui nous montrait comment on procédait à la récolte de bananes. Ce qui m’avait marqué à l’époque, c’était le nombre de bains et de traitements que le fruit subissait avant son envoi pour commercialisation.

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En faisant quelques recherches sur le sujet, je suis tombée sur un article scientifique intitulé « la banane : de son origine à sa commercialisation » (5). Ce document décrit les différentes étapes de la culture de la banane en Afrique, mais l’on peut facilement supposer qu’elle est fort semblable dans les autres pays.

Le passage qui nous intéresse ici est le suivant :

« De la récolte au conditionnement : A la station d’emballage, les régimes sont accrochés à un rail et les mains sont séparées de la hampe florale à l’aide d’un couteau (Figure 3). Les mains sont ensuite plongées dans un bac d’eau enrichi en chlore et en alun appelé bac de dépattage afin de permettre l’écoulement du latex (Figure 3). A la sortie de ces bacs, les mains de bananes sont récupérées, parfois frottées à l’aide d’une éponge savonneuse, et sont découpées en bouquets de 3 à 8 fruits. Ces derniers sont alors placés dans un second bac, appelé bac de lavage, pendant au moins 20 min (Figure 3). Ils sont ensuite acheminés sur des tapis roulants vers la zone de traitement fongicide avant d’être pesés et conditionnés dans des emballages plastiques (sacs en polyéthylène perforé ou non, avec ou sans vide d’air) et disposés dans des cartons d’exportation (Figure 3). Les techniques de traitement chimique sont très variées : trempage, tunnel de pulvérisation, pulvérisateurs, cascades, badigeonnage manuel, etc. Mais il semble qu’un bon mouillage des fruits soit essentiel pour assurer une bonne efficacité des traitements fongicides (de Lapeyre de Bellaire et al., 1994)

De la station d’emballage à la mûrisserie : Les cartons de bananes sont regroupés sur des palettes et sont stockés dans un container refroidi à 13 °C (Figure 3). La mise au froid permet d’une part, de minimiser la production d’éthylène et de retarder le processus de maturation et d’autre part, de réduire le développement de champignons éventuellement présents (Krauss et al., 2000). Ces containers sont acheminés par camion vers le port de Douala où les palettes sont débarquées et entreposées dans les cales de navires. Par la maitrise de la température, de l’hygrométrie et de la composition de l’atmosphère, ces cales assurent la conservation des bananes durant la traversée maritime. Au bout d’une dizaine de jours, les palettes sont débarquées dans le port de destination et sont acheminées par voie terrestre vers les mûrisseries où s’effectuera la maturation artificielle des bananes (Figure 3). Cette maturation est initiée par un apport exogène d’éthylène durant 24 h à une température de 20 °C. Au terme de ces 24 h, les fruits sont ventilés et peuvent être commercialisés. »

On est en droit de se demander alors : est-ce que quelque chose de vivant peut encore résister à ce genre de traitement ? Et on mange ça ?

Les témoignages

Pourtant, les témoignages d’araignées dans des bananes existent bel et bien, et après avoir parcouru de nombreux sites et forums divers, je tombe finalement sur un cas non médiatisé et présenté dans un forum d’identification d’arthropodes. Un habitant de Montpellier poste la photo d’une araignée vivante coincée dans un emballage en plastique de bananes en provenance des Caraïbes.

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http://araignees.vraiforum.com/t2310-demande-d-identification-araignee.htm

Un autre article (6), paru sur le site du célèbre magazine Scientific American nous apprend que chaque années, des araignées seraient retrouvées aux Etats-Unis dans des supermarchés vendant des bananes (l’article mentionne également des cas liés à des grappes de raisins). Selon l’auteur, les araignées qui auraient survécu aux traitements chimiques tomberaient ensuite en léthargie lors du transport à basse température de ces fruits et se réveilleraient une fois replacés dans les rayons…

La culture bio

Quid des bananes bio ? Vous allez penser que ces fruits doivent être infestés d’animaux dangereux… pourtant, on n’en parle jamais dans la presse. De plus, que le fruit soit bio ou non, il subit une série de traitements : extrait de « Faisabilité technique de l’agriculture biologique en Martinique : productions  (bananes) » (7)

« ll est évident qu’en production agrobiologique, ce conditionnement devra s’effectuer dans des conditions différentes (unité séparée) encore mieux contrôlées, avec une très grande qualité de l’eau et l’absence d’application de fongicides. La suppression des traitements fongicides post-récolte obligera à être très strict sur la qualité des travaux et la propreté des équipements :

–          réduction de l’inoculum dès la floraison au champ : engainage au stade « tête de cheval » et épistillage ;

–          maîtrise de la qualité de l’eau de lavage et de rinçage des fruits en station (recyclage et traitement biologique des eaux – en cours de développement à la Martinique – [Gracien et Richard, 2003]) ; 

–          propreté permanente de la station d’emballage et des abords (absence de foyers fongiques ou bactériens) ;

–          utilisation d’emballages avec polybags non perforés et vide partiel (aspirateur ménager);

–          mise en froid rapide à 14 °C dès la sortie de conditionnement. »

Conclusions

Les araignées qui se retrouvent coincées à l’intérieur même d’un sachet en plastique sont des araignées extrêmement  agiles. D’un autre côté, ce genre d’animal aime se cacher et je verrais très bien une araignée grimper dans un bac de bananes fraichement sorties du bain et s’y faufiler avant que les fruits partent à l’emballage. Cette même araignée pourrait éventuellement pondre sur les bananes, ce qui expliquerait les clichés montrant un cocon de soie collé à la peau de banane. Plausible, oui, mais cela ne doit pas se produire très souvent.

Il serait donc erroné de ma part de dire que ce genre de faits divers ne peut pas exister et me voilà fort marrie car je vous avouerais qu’en commençant cet article, j’avais la conviction de pouvoir démentir ces histoires à 100% (maintenant je pense pouvoir dire que c’est faux à 99,99%). Laissons tomber de toute façon le côté grandiloquent  de la famille obligée de fuir sa maison, ainsi que la fréquence avec laquelle ces cas se produisent. Disons que cela pourrait éventuellement se produire mais c’est rarissime. Il est effectivement tout à fait vraisemblable d’importer des animaux vivants en même temps que de la marchandise. En augmentant les transports de produits d’importations, on a augmenté le risque d’accueillir des passagers « clandestins ».

Le cas du Frelon asiatique (Vespa velutina Lepeletier, 1836) introduit accidentellement en France probablement via l’importation d’un lot de céramiques chinoises et qui se répand maintenant dans toute la France est un cas suffisamment grave que pour ne pas l’oublier…

Concernant les histoires d’araignées dans les bananes, il semblerait que les journalistes tiennent cette histoire sous le coude et nous la ressorte de temps en temps. Dans le jargon internet, on appelle cela un buzz ou plus précisément un fake : une fausse histoire sensationnelle qui se répète pour appâter et épater la galerie…

Enfin, je pense que la probabilité de s’abimer la santé en mangeant des fruits traités aux pesticides est bien plus importante et réelle que celle de se faire attaquer par une araignée venimeuse s’étant glissée à l’intérieur d’un sachet de bananes.

Donc vive les bananes bio !

En plus, c’est la semaine sans pesticide… ça tombe bien !

index banane-OGM

 Brigitte Segers

Références citées dans cet article :

(1) Bonte, Marie-Elisabeth (2001). La banane un fruit en sursis. CTB, agence belge de développement : 1-48 http://befair.be/sites/default/files/all-files/brochure/La_banane,_un_fruit_en_sursis.pdf

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(2) Site CNUCED : http://www.unctad.info/fr/Infocomm/Produits-AAACP/FICHE-PRODUIT–Bananes

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(3) Rainer F. Foelix (1996). Biology of spiders. Oxford university press : 1-330

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(4) EADS, R. B.; CAMPOS, E. G.; TREVINO, H. A. (1966). Quarantine Problems Associated with the Importation of Bananas from Mexico. Entomological Society of America Volume 59, Number 4 : 896-899.

(5) Ludivine Lassois, Jean-Pierre Busogoro et Haïssam Jijakli, «La banane : de son origine à sa commercialisation», Biotechnol. Agron. Soc. Environ., volume 13 (2009)  numéro 4 : 575-586 : http://popups.ulg.ac.be/Base/document.php?id=4729

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(6) Erica Westly. Do dangerous spiders lurk in grocery store produce? Scientific American (Mar 24, 2009) http://www.scientificamerican.com/article/dangerous-spiders-grocery-produce/

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(7) Quénéhervé, P. (2005) : Faisabilité technique de l’agriculture biologique en Martinique : productions. Agriculture biologique en Martinique (Chapitre 4) : 1-92

http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers10-04/010035424.pdf

FAQ: Comment les araignées peuvent-elles manger leur fil de soie ?

Certains le savent peut-être déjà mais certaines araignées recyclent leur toile. Pourquoi ? Comment ? Tel est l’objet de cette FAQ demandée par un lecteur (Guillaume).

Commençons par le commencement. Toutes les araignées et seulement les araignées sont capables de produire de la soie à tous les stades de leur vie. C’est ce point précis – tous les stades de leur vie – qui différencie (du point de vue de la soie) les araignées de certains autres arthropodes capables de produire également de la soie. Prenons l’exemple du ver à soie, Bombyx du mûrier (Bombyx mori) créé pour la production de soie. Seule la chenille de ce Lépidoptère domestiqué est capable de produire de la soie. L’adulte devenu papillon ne sera ensuite plus capable de produire de la soie.

Comment produire de la soie ?

Pour produire de la soie, les araignées sont pourvues de glandes dites séricigènes. L’araignée est dotée de différentes glandes à soie capables de produire différents types de soie en fonction de l’usage qu’elle en fera :

–          fil de sécurité  et fil d’envol ;

–          toile spermatique (uniquement pour le mâle) et soie d’emballage ;

–          construction du cocon (uniquement la femelle) ; soie entourant les œufs (uniquement la femelle) ;

–          glu des spirales collantes ; montants axiaux des spirales collantes…

La soie est stockée sous forme liquide dans la glande séricigène. Le passage de la forme liquide à la forme solide n’est pas entièrement comprise mais il semble que ce soit la traction qui transforme cette substance liquide en ce matériau extrêmement léger et solide : la soie.

Pour délivrer la soie, celle-ci passe par les filières disposées au bout de l’abdomen, en trois rangées de deux paires. Chaque filière contient de très nombreux et minuscules robinets appelés fusules. Chaque glande à soie est reliée à une filière bien spécifique. La plus simplifiée des glandes à soie est présente chez les araignées les plus archaïques qui possèdent dès lors généralement un seul type de glande. A l’inverse, on peut dénombrer au moins 4 différentes sortes de glandes à soie chez les araignées baladeuses et jusqu’à 7, voire 8 glandes chez les araignées orbitèles.  Le fil de soie que l’on voit est donc un enchevêtrement de nombreux fils différents.

fusules

Fusules délivrant différentes soies (en mauve) qui forment un fil plus épais (Agrandissement microscope electronique, couleurs non naturelles)

Stricto sensu, les araignées orbitèles sont des araignées qui construisent des toiles circulaires (ou orbiculaires). Dans la littérature, on tend parfois à relier le terme orbitèle aux seuls membres de la famille des Araneidae (les Epeires) ce qui n’est pas tout à fait exact puisque d’autres araignées comme les Tetragnathes (Tetragnathidae), certaines Uloboridae, les Nephilidae et d’autres encore construisent aussi des toiles circulaires.

Pourquoi manger sa propre soie ?

La réponse se trouve dans la composition même de la soie : la soie d’araignée est composée d’un pourcentage élevé d’acides aminés (formant les protéines). Etant donné que l’araignée se nourrit de protéines, elle est capable d’assimiler complètement sa propre soie. Le fait de manger sa propre soie diminue donc le coût énergétique de la production de soie.

Il a d’ailleurs été observé que la composition chimique en acides aminés de la soie varie en fonction de la diète de l’araignée. (I-Min Tso, Hsuan-Chen Wu and In-Ru Hwang, 2004).

Toutes les araignées ne recyclent pas leur soie. Certaines espèces jettent simplement leur ancienne toile en détachant celle-ci du cadre avant de recommencer l’ouvrage. Mais la majorité des araignées orbitèles mangent leur soie. Ce phénomène s’observe principalement pour les araignées dont la toile possède une spirale collante. Si on y réfléchit de plus près, ce sont également ces araignées qui reconstruisent leur piège quotidiennement : ça tombe bien me direz-vous…

Exemple : l’Epeire diadème (Araneus diadematus, Araneidae) reconstruit sa toile toutes les nuits : les gouttelettes de glu se desséchant assez vite, pour rester efficace, le piège doit être reconstruit.

Les araignées mangent également la soie qui leur a servi à emmailloter leur proie.

Enfin, en faisant des recherches sur internet, je me suis arrêtée sur une publication fort intéressante expliquant le comportement étrange de l’araignée cleptoparasite* Argyrodes flavescens (Theridiidae) : cette araignée se nourrit de la soie de la toile de l’araignée hôte lorsque les proies viennent à manquer ! (Miyashita, T., Maezono, Y. and Shimazaki, A., 2004)

* les araignées cleptoparasites sont des araignées spécialisées dans le vol de proies. On parle de comportement cleptobiotique. Généralement, ces araignées vivent en périphérie de la toile piratée et y viennent pour y voler la nourriture attrapée par le propriétaire. Ce terme ne s’applique pas qu’aux araignées.

Comment les araignées font-elles pour ré-ingurgiter leur soie ?

Je n’ai pas trouvé de réponse précise à cette question. On peut penser que l’araignée utilise ses enzymes digestives pour pré-digérer la soie comme elle le fait pour pré-digérer ses proies ? Si quelqu’un connait la réponse (avec références précises) je suis preneuse.

On sait par contre que les protéines présentes dans la soie sont largement conservées durant les constructions successives de toiles. Après avoir marqué la soie d’une vieille toile avec des marqueurs radioactifs, ceux-ci ont été retrouvés très rapidement dans la nouvelle toile construite, parfois après seulement 30 minutes entre le moment où l’araignée mange sa toile et en reconstruit une nouvelle. La vieille soie est donc rapidement recyclée et les protéines s’y trouvant sont presqu’entièrement réutilisées.

Brigitte Segers

Références :

I-Min Tso, Hsuan-Chen Wu and In-Ru Hwang (2004). Giant wood spider Nephila pilipes alters silk protein in response to prey variation. The Journal of Experimental Biology 208 : 1053-1061

Miyashita, T., Maezono, Y. and Shimazaki, A. (2004). Silk feeding as an alternative foraging tactic in a kleptoparasitic spider under seasonally changing environments. Journal of Zoology, 262: 225–229.

Todd A. Blackledge, Matjaz Kuntner and Ingi Agnarsson (2011). The Form and Function of Spider Orb Webs: Evolution from Silk to Ecosystems. Advances in Insect Physiology, 41 : 175-262.

Rainer F. Foelix (1996). Biology of spiders. Oxford university press : 1-330.

Mimétisme chez les araignées : myrmécomorphisme (suite)

Nous nous étions penchés sur le cas du myrmécomorphisme chez les araignées… càd la capacité de mimer l’apparence morphologique d’une fourmi.

Il faut signaler toute la difficulté et surtout le génie du myrmécomorphisme chez les araignées :

n’oublions pas que l’imitateur est un arachnide – et donc un arthropode à 8 pattes, au corps divisé en deux segments, sans antennes et aux yeux nombreux – qui va devoir se faire passer pour un insecte ne possédant que 3 paires de pattes, un corps divisé en trois parties, une paire d’antennes et de seulement deux yeux (principaux).

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Pas si simple me direz-vous… effectivement, ces araignées myrmécomorphes ont donc adopté quelques stratégies pour imiter au mieux l’apparence des fourmis afin de pallier aux différences anatomiques assez grandes :

  • l’abdomen de ces araignées présente souvent un rétrécissement, voire un motif afin d’imiter un corps en trois parties
  • pour imiter le pédoncule des fourmis (rétrécissement au niveau de l’abdomen), ces araignées présentent généralement une constriction à la partie postérieure du céphalothorax ou sur la partie antérieure de l’abdomen
  • les chélicères et/ou les pédipalpes sont parfois transformés pour imiter soit des mandibules, soit des têtes de fourmis
  • la première paire de pattes est tenue en l’air et vers l’avant pour remplacer les antennes, la dernière portion de cette paire est d’ailleurs souvent foncée pour imiter les massues des antennes
  • l’extrémité des trois autres paires de pattes est souvent d’une couleur plus claire pour donner l’apparence de pattes plus courtes,
  • toutes les araignées myrmécomorphes se déplacent un peu en zig-zag, à l’allure des fourmis.

Il a été cependant observé que si une araignée myrmécomorphe est en danger, elle va abandonner son comportement et s’enfuir en ligne droite, reprenant une allure plus aranéo-logique. J’ai envie de dire « pas folle la guêpe » mais c’est plutôt « pas folle l’araignée ».

On a également découvert un dimorphisme sexuel dans des cas de myrmécomorphisme… pour simplifier, mâle et femelle d’une même espèce ne copieraient pas la même fourmi !

exemple : Zuniga magna mâle imite la fourmi Pseudomyrmex gracilis tandis que madame Zuniga magna imite Pachycondyla villosa.

Toutes les araignées ne font pas appel au myrmécomorphisme. C’est chez les Salticidae et les Clubionidae que l’on compte de nombreuses espèces myrmécomorphes. Cependant, il en existe également chez les Theridiidae, Eresidae, Thomisidae, Gnaphosidae, Zodariidae.

En Belgique, on peut citer par exemple (les liens renvoyent à l’excellent site de Pierre Oger)

Pour rester dans les mots qui font gagner des points au Scrabble ou qui vous feront briller en société, il ne faut pas confondre myrmécomorphisme, myrmécophilie et myrmécophagie

  • philie du grec ancien signifiant « qui aime », un individu myrmécophile est un individu ayant développé des relations symbiotiques avec des fourmis. Pour devenir myrmécophile, il ne faut pas nécessairement ressembler à une fourmi car les fourmilières ne sont pas éclairées et la vue n’est probablement pas le sens le plus développé chez les arthropodes. Par contre, la myrmécophilie implique nécessairement des stratagèmes chimiques et ou comportementaux (on parle ici de la reproduction des gestes d’échange de nourriture entre fourmis – appelés échanges trophallactiques).
  • phagie du grec ancien signifiant « glouton », un individu myrmécophage est un individu qui se nourrit de fourmis.

Et donc, oui, il existe des araignées myrmécomorphes, qui ne sont ni myrmécophiles ni myrmécophages… des araignées myrmécophiles, non myrmécomorphes mais myrmécophages… des araignées myrmécophages non myrmécomorphes mais un peu myrmécophiles… des araignées myrmécomorphes myrmécophiles myrmécophages… et je vous laisse le soin de continuer la liste car vous l’aurez compris, tous les cas de figures sont possibles.

Remarque : La majorité des myrmécomorphes ne vivent cependant pas dans l’intimité des fourmis, et ne sont donc pas myrmécophiles.

Myrmécophilie :

La myrmécophilie peut s’apparenter à une relation symbiotique (plus précisément commensale) : l’araignée évolue donc près du nid, dans les tas de déchets de fourmis, à l’intérieur même de la fourmilière. Les cas de myrmécophilie s’observent surtout chez les araignées de la famille des Linyphiidae et des Liocranidae.

Pour exemple (en Floride) Masoncus pogonophilus Cushing (Linyphiidae) est une araignée myrmécophile qui se nourrit de collemboles vivants exclusivement dans des fourmilières. Cette araignée n’est ni myrmécomorphe, ni myrmécophage.

Et en Belgique ? Je n’ai pas trouvé beaucoup de données sur les araignées myrmécophiles, en tous les cas pas sous forme de liste toute faite.

En glanant des informations ici et là, voici quelques araignées myrmécophiles belges (liste non exhaustive) :

Acartauchenius scurrilis (O. P.-Cambridge, 1872) (Linyphiidae)

Evansia merens O.P.-Cambridge, 1900 (Linyphiidae)

Mastigusa arietina (Thorell, 1871 ) (Dictynidae)

Thyreosthenius biovatus (O. P.-Cambridge, 1875 ) (Linyphiidae)

Il faut également citer les Zodarion sp (Zodariidae) qui sont myrmécophages, souvent décrits comme myrmécomorphes (dans le déplacement en tous les cas) et qui vivent près des fourmis. Nous pourrions donc dire que c’est un exemple des trois myrméco-phismes belge ;)

Idem pour Asagena phalerata (Panzer, 1801) (Theridiidae), magnifique araignée…

Vous l’aurez compris, les études au sujet des araignées myrmécophiles ne sont pas très courantes, ne serait-ce qu’à cause de la difficulté d’accès à ces espèces (tout le monde n’a pas envie d’aller fouiller une fourmilière)… on peut toutefois en retenir ceci : il est fort étonnant que des araignées qui sont majoritairement solitaires, développent des comportements à la limite de la symbiose pour vivre en « communauté »…

Je vous laisse le soin de méditer sur la question car nous voilà au bout de ce « survol » du mimétisme chez les araignées, en tous les cas du myrmécomorphisme ; il y a encore tellement de choses à dire mais je ne voudrais pas vous assommer en une fois.

Merci pour votre lecture,

Brigitte Segers

Quelques références

Biological Journal of the Linnean Society (1988), 33: I- 15. With 8 figures Ant-mimicry in some Brazilian salticid and clubionid spiders (Araneae: Salticidae, Clubionidae) * PAUL0 S. OLIVEIRA Departamento de Zoologia, Instituto de Biologia, C.P. 6109,Universidade Estadual de Campinas, 13081 Campinas SP, Brasil

J. Zool., Lond. (1997) 242, 643-650 Biology and behaviour of the neotropical ant-mimicking spider Aphantochilus rogersi (Araneae: Aphantochilidae): nesting, maternal care and ontogeny of ant-hunting techniques L. M. CASTANHO and P. S. OLIVEIRA * Departamento de Zoologia, Universidade Estadual Paulista, 13506-900 Rio Claro SP, Brazil Departamento de Zoologia, Universidade Estadual de Campinas, C. P. 61 09, 13083-970 Campinas SP, Brazil

Bulletin et Annales de la Société Royale d’Entomologie de Belgique, 99 : XLI. Acartauchenius scurrilis (CAMBR.), Arachnide myrmécophile nouveau pour la faune de Belgique. KEKENBOSCH, J., 1963.

A propos d’une araignée myrmécomorphe présente au Vogelzang. KEKENBOSCH R.

Mimétisme chez les araignées…(1)

Suite à l’article « Mimétisme ou camouflage ? » nous nous posions la question de savoir ce qu’il se passait sur cette photo d’une araignée dévorant une fourmi

Aphantochilus3-L

Aphantochilus rogersi ; copyright: Alex Wild

Pour y répondre, il faut nous replonger dans les définitions des termes mimétisme et camouflage.

Camouflage : ensemble de dispositifs qui permettent à un animal ou à une plante de se rendre indiscernable dans son milieu. (Larousse)

Mimétisme : particularité des espèces qui, en raison de leur forme et/ou de leur couleur, peuvent se confondre avec l’environnement ou avec les individus d’une autre espèce. (Larousse)

Pour simplifier, le camouflage fait uniquement référence à la copie d’un milieu inerte (une plante, un fond marin, un rocher, une couleur) tandis que le mimétisme se rapporte soit à un milieu inerte (et est alors synonyme de camouflage) soit à d’autres espèces animales. Le camouflage est donc synonyme de mimétisme mais le mimétisme n’est pas nécessairement du camouflage…

On utilisera à la fois les termes camouflage ou mimétisme pour un phasme qui se confond avec une brindille, mais on doit utiliser uniquement le terme mimétisme pour décrire le processus qui permet à un animal d’en mimer un autre … et en ce qui nous concerne, une araignée qui imite une fourmi est bel et bien un cas de mimétisme.

Le mimétisme, c’est donc une stratégie impliquant des adaptations physiques, physiologiques ou comportementales permettant à des animaux de maintenir leur survie, en améliorant leur capacité à échapper aux prédateurs ou à l’inverse en augmentant leur possibilité d’attraper des proies.

Cette stratégie implique plusieurs acteurs : l’imitateur, le modèle et le dupe.

Il existe de nombreuses formes de mimétisme et nous ne parlerons que de celles qui nous intéressent ici : le mimétisme Batésien (d’après Henry Walter Bates), le mimétisme Wasmanien (d’après Erich Wasmann) et le mimétisme Peckhamien (d’après George and Elizabeth Peckham).

Si j’étais une simple mouche, sans aucune arme défensive, j’aurais peut-être intérêt à me déguiser en quelque chose de plus menaçant… C’est ce que fait le Syrphe (imitateur) en arborant les couleurs caractéristiques jaune et noir de la guêpe (modèle) afin d’échapper à certains prédateurs qui ne consomment pas de guêpes (les dupes).

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Voici un cas typique de mimétisme Batésian, que l’on surnomme d’ailleurs mimétisme défensif… en prenant l’aspect d’un prédateur féroce (la guêpe – photo de gauche), le Syrphe (photo de droite) échappe à de nombreux prédateurs. Les couleurs de la guêpe sont dites aposématiques, qui rappellent un danger… encore un mot qui vous fera briller en société, si vous arrivez à le placer !

Le mimétisme décrit par Wasmann nécessite que les modèles soient des arthropodes sociaux : c’est « une forme de mimétisme qui permet à un arthropode d’être accepté parmi une colonie d’insectes sociaux » (d’après Gullan et Cranston, 1999). Il faut ajouter qu’il s’agit d’un mimétisme qui est bénéfique à la fois à l’imitateur et au modèle. Il existe par exemple des araignées qui se nourrissent de collemboles vivant uniquement dans des fourmilières. A la fois les araignées et les fourmis en tirent avantage.

Enfin, à l’inverse du mimétisme Batésien, le mimétisme Peckhammien va permettre à l’imitateur d’approcher sa proie en imitant celle-ci. Dans ce cas de figure, la proie est à la fois le modèle et le dupe.

Nous, nous approchons enfin de la situation observée sur cette photo… mais il faut encore préciser un « petit » détail :

Etant donné que l’araignée imite ici une fourmi, nous sommes dans le cas plus particulier de ce que les scientifiques désignent comme le myrmécomorphisme çad le processus qui permet à un arthropode de prendre l’apparence physique d’une fourmi d’un point de vue morphologique et/ou chimique.

Le myrmécomorphisme n’est pas exclusivement réservé aux araignées et s’observe d’ailleurs chez beaucoup d’autres arthropodes. Pour exemple, voici un Hétéroptère (punaise) qui ressemble à une fourmi (et le dupe dans ce cas-ci, c’était moi car j’étais persuadée de photographier une fourmi un peu bizarre).

P1000770

Alydidae juvénile

On vient alors à se demander, mais pourquoi donc vouloir ressembler à une fourmi ?

Les fourmis sont des Hyménoptères (au même titre que les guêpes et les abeilles) et ont la réputation d’être des insectes au goût et au caractère tranchés…

  • Les fourmis sont toutes dotées de mandibules broyeuses parfois fort impressionnantes et surtout coupantes.
  • Certaines espèces de fourmis sont armées d’un aiguillon et en font l’usage lorsqu’elles sont attaquées.
  • Certaines fourmis possèdent une arme chimique très dissuasive consistant en un jet d’acide méthanoique (appelé aussi acide formique) qui, de par sa concentration, peut en évincer plus d’un, ce qui les rend par ailleurs assez indigestes à manger.
  • Il existe également quelques espèces de fourmis qui possèdent du venin (parfois mortel).
  • Enfin et compte tenu de leur organisation sociale très développée, les fourmis possèdent une tactique défensive regroupée…
  • (A se demander aussi pourquoi est-ce que les gens en ont tellement contre les araignées et non pas contre les fourmis ?;)

Et donc, hormis les cas de prédation sur les fourmis, la majorité des exemples tendent vers le myrmécomorphisme défensif.

Chez les araignées myrmécomorphes, il s’agit effectivement très souvent de mimétisme Batésien car il existe beaucoup plus de prédateurs d’araignées qu’il n’existe d’araignées prédatrices de fourmis.

Et pour déroger à la règle, notre photo montre non pas un cas de mimétisme défensif mais bien un cas de mimétisme Peckhammien.

L’araignée représentée, Aphantochilus rogersi (Thomisidae) se nourrit exclusivement d’une espèce de fourmi, Zacryptocerus pusillus (Formicidae). S’il est évident de penser que l’adaptation morphologique de cette araignée est de pouvoir s’approcher plus facilement de sa proie, son mimétisme doit également impliquer des récepteurs chimiques et olfactifs propres aux fourmis. Il a été observé que cette espèce d’araignée transporte parfois des morceaux de la fourmi tuée pour se protéger des agressions des congénères de la victime… Etant donné que cette araignée ne vit pas à l’intérieur de la fourmilière, on pense qu’elle pourrait également utiliser ce mimétisme comme protection Batésienne (un mimétisme n’empêche pas l’autre) vis-à-vis de ses propres prédateurs.

à suivre …

Brigitte Segers