FAQ: Comment les araignées peuvent-elles manger leur fil de soie ?

Certains le savent peut-être déjà mais certaines araignées recyclent leur toile. Pourquoi ? Comment ? Tel est l’objet de cette FAQ demandée par un lecteur (Guillaume).

Commençons par le commencement. Toutes les araignées et seulement les araignées sont capables de produire de la soie à tous les stades de leur vie. C’est ce point précis – tous les stades de leur vie – qui différencie (du point de vue de la soie) les araignées de certains autres arthropodes capables de produire également de la soie. Prenons l’exemple du ver à soie, Bombyx du mûrier (Bombyx mori) créé pour la production de soie. Seule la chenille de ce Lépidoptère domestiqué est capable de produire de la soie. L’adulte devenu papillon ne sera ensuite plus capable de produire de la soie.

Comment produire de la soie ?

Pour produire de la soie, les araignées sont pourvues de glandes dites séricigènes. L’araignée est dotée de différentes glandes à soie capables de produire différents types de soie en fonction de l’usage qu’elle en fera :

–          fil de sécurité  et fil d’envol ;

–          toile spermatique (uniquement pour le mâle) et soie d’emballage ;

–          construction du cocon (uniquement la femelle) ; soie entourant les œufs (uniquement la femelle) ;

–          glu des spirales collantes ; montants axiaux des spirales collantes…

La soie est stockée sous forme liquide dans la glande séricigène. Le passage de la forme liquide à la forme solide n’est pas entièrement comprise mais il semble que ce soit la traction qui transforme cette substance liquide en ce matériau extrêmement léger et solide : la soie.

Pour délivrer la soie, celle-ci passe par les filières disposées au bout de l’abdomen, en trois rangées de deux paires. Chaque filière contient de très nombreux et minuscules robinets appelés fusules. Chaque glande à soie est reliée à une filière bien spécifique. La plus simplifiée des glandes à soie est présente chez les araignées les plus archaïques qui possèdent dès lors généralement un seul type de glande. A l’inverse, on peut dénombrer au moins 4 différentes sortes de glandes à soie chez les araignées baladeuses et jusqu’à 7, voire 8 glandes chez les araignées orbitèles.  Le fil de soie que l’on voit est donc un enchevêtrement de nombreux fils différents.

fusules

Fusules délivrant différentes soies (en mauve) qui forment un fil plus épais (Agrandissement microscope electronique, couleurs non naturelles)

Stricto sensu, les araignées orbitèles sont des araignées qui construisent des toiles circulaires (ou orbiculaires). Dans la littérature, on tend parfois à relier le terme orbitèle aux seuls membres de la famille des Araneidae (les Epeires) ce qui n’est pas tout à fait exact puisque d’autres araignées comme les Tetragnathes (Tetragnathidae), certaines Uloboridae, les Nephilidae et d’autres encore construisent aussi des toiles circulaires.

Pourquoi manger sa propre soie ?

La réponse se trouve dans la composition même de la soie : la soie d’araignée est composée d’un pourcentage élevé d’acides aminés (formant les protéines). Etant donné que l’araignée se nourrit de protéines, elle est capable d’assimiler complètement sa propre soie. Le fait de manger sa propre soie diminue donc le coût énergétique de la production de soie.

Il a d’ailleurs été observé que la composition chimique en acides aminés de la soie varie en fonction de la diète de l’araignée. (I-Min Tso, Hsuan-Chen Wu and In-Ru Hwang, 2004).

Toutes les araignées ne recyclent pas leur soie. Certaines espèces jettent simplement leur ancienne toile en détachant celle-ci du cadre avant de recommencer l’ouvrage. Mais la majorité des araignées orbitèles mangent leur soie. Ce phénomène s’observe principalement pour les araignées dont la toile possède une spirale collante. Si on y réfléchit de plus près, ce sont également ces araignées qui reconstruisent leur piège quotidiennement : ça tombe bien me direz-vous…

Exemple : l’Epeire diadème (Araneus diadematus, Araneidae) reconstruit sa toile toutes les nuits : les gouttelettes de glu se desséchant assez vite, pour rester efficace, le piège doit être reconstruit.

Les araignées mangent également la soie qui leur a servi à emmailloter leur proie.

Enfin, en faisant des recherches sur internet, je me suis arrêtée sur une publication fort intéressante expliquant le comportement étrange de l’araignée cleptoparasite* Argyrodes flavescens (Theridiidae) : cette araignée se nourrit de la soie de la toile de l’araignée hôte lorsque les proies viennent à manquer ! (Miyashita, T., Maezono, Y. and Shimazaki, A., 2004)

* les araignées cleptoparasites sont des araignées spécialisées dans le vol de proies. On parle de comportement cleptobiotique. Généralement, ces araignées vivent en périphérie de la toile piratée et y viennent pour y voler la nourriture attrapée par le propriétaire. Ce terme ne s’applique pas qu’aux araignées.

Comment les araignées font-elles pour ré-ingurgiter leur soie ?

Je n’ai pas trouvé de réponse précise à cette question. On peut penser que l’araignée utilise ses enzymes digestives pour pré-digérer la soie comme elle le fait pour pré-digérer ses proies ? Si quelqu’un connait la réponse (avec références précises) je suis preneuse.

On sait par contre que les protéines présentes dans la soie sont largement conservées durant les constructions successives de toiles. Après avoir marqué la soie d’une vieille toile avec des marqueurs radioactifs, ceux-ci ont été retrouvés très rapidement dans la nouvelle toile construite, parfois après seulement 30 minutes entre le moment où l’araignée mange sa toile et en reconstruit une nouvelle. La vieille soie est donc rapidement recyclée et les protéines s’y trouvant sont presqu’entièrement réutilisées.

Brigitte Segers

Références :

I-Min Tso, Hsuan-Chen Wu and In-Ru Hwang (2004). Giant wood spider Nephila pilipes alters silk protein in response to prey variation. The Journal of Experimental Biology 208 : 1053-1061

Miyashita, T., Maezono, Y. and Shimazaki, A. (2004). Silk feeding as an alternative foraging tactic in a kleptoparasitic spider under seasonally changing environments. Journal of Zoology, 262: 225–229.

Todd A. Blackledge, Matjaz Kuntner and Ingi Agnarsson (2011). The Form and Function of Spider Orb Webs: Evolution from Silk to Ecosystems. Advances in Insect Physiology, 41 : 175-262.

Rainer F. Foelix (1996). Biology of spiders. Oxford university press : 1-330.

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Le fil de soie d’araignée enfin synthétisé

Cela fait longtemps, très longtemps que les scientifiques espéraient pouvoir un jour reproduire le fil de soie de l’araignée et voilà chose faite.

La soie qui compose les toiles d’araignées et qui scintille au soleil est un matériau exceptionnel de par sa résistance et sa légèreté. On compare souvent la soie à l’acier et l’on retrouve dans diverses littératures les rapports suivants :

  • un fil de soie d’un diamètre donné est 2 fois plus résistant et 4 fois plus élastique que son équivalent en acier ;
  • la ténacité de la soie d’araignée (çad le comportement d’un matériau à la rupture en présence d’une entaille) est légèrement plus faible que celle du Nylon mais son élasticité est deux fois plus élevée ;
  • la résistance de la soie d’araignée à la traction est supérieure à celle des os, des tendons, du caoutchouc, de la cellulose ;

Dans le corps d’une araignée, la soie se trouve sous forme liquide et est emmagasinée dans des glandes à soie. Il existe différentes glandes qui produisent différentes sortes de soie, mais la soie est toujours composée de protéines. Jusqu’à présent, le processus qui permet la transformation de la forme liquide et soluble à l’eau de la soie (interne) en une forme solide insoluble à l’eau (externe) n’était pas encore bien compris. La soie liquide se transformerait en fibre solide sous l’effet de la traction, ce qui modifie l’agencement de la structure de la protéine et donc ses propriétés (mais là, on entre dans les joies de la chimie organique).

Le nombre de glandes à soie varie d’un groupe à l’autre et ce sont les araignées orbitèles qui présentent le plus grand nombre de glandes à soie (7 à 8) en relation avec la complexité de leur toiles.

toile de Zygiella atricaCredit: DR JEREMY BURGESS/SCIENCE PHOTO LIBRARY

toile orbiculaire
Credit: DR JEREMY BURGESS/SCIENCE PHOTO LIBRARY

 

Quelques applications pour l’homme ?

Les scientifiques n’ont bien évidemment pas tenté de reproduire la soie d’araignée juste pour reconstruire de fausses toiles pour la fête Halloween… les applications au service de l’homme sont nombreuses :

  • gilets par-balles pour remplacer le Kevlar (trop lourd et coûteux)
  • fils chirurgicaux
  • ligaments artificiels

Les premiers prélèvements de soie se faisaient sur l’animal lui-même : on fixait une araignée vivante sur un support, face ventrale vers le haut ; on tirait ensuite un fil de soie depuis ses filières et on l’enroulait sur une sorte de roue à laine :

Etant donné que les araignées sont des prédateurs et qu’elles se mangent entre-elles, il est impossible de faire de l’élevage sans séparer chaque individu, ce qui n’est pas économiquement envisageable.

De rares vêtements ont été confectionnés en soie d’araignées mais vous comprendrez que vu la difficulté du prélèvement, les pièces étaient réservées à une certaine élite…

L’année dernière (janvier 2012), une cape en soie d’araignée était exposée au Victoria & Albert Museum de Londres. Le vêtement a été confectionné à l’aide de la soie de plus d’un million d’araignées, et du travail de 80 personnes durant 5 ans…

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informations complémentaires : http://www.lepoint.fr/insolite/une-cape-et-un-chale-en-soie-d-araignees-exposees-a-londres-24-01-2012-1422932_48.php

http://www.baladesentomologiques.com/pages/TISSU_EN_SOIE_DARAIGNEE_CE_NEST_PAS_UN_MYTHE-962530.html

On pourrait penser remplacer la soie d’araignée par celle produite par d’autres arthropodes, tels les fameux vers à soie du Bombyx du mûrier (Bombyx mori – Lepidoptera) mais cette soie n’égale pas la résistance de la soie d’araignée, et est utilisée principalement pour le textile.

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élevage de vers à soie

 

Quand la science joue avec les gènes

Dans les années 1990, et afin de recréer la soie d’araignée, des scientifiques ont eu l’idée d’isoler le(s) gêne(s) codant pour la protéine de soie d’araignée et de le(s) transplanter dans le patrimoine génétique de la chèvre : on a ainsi réussi à faire produire à des chèvres transgéniques cette précieuse fibre sous une forme soluble dans leur lait : http://www.guardian.co.uk/science/2012/jan/14/synthetic-biology-spider-goat-genetics

La même méthode de transplantation génétique a été réalisée sur des plants de pommes-de-terre et de tabac permettant d’extraire la protéine de soie dans les feuilles et les racines de ces végétaux génétiquement modifiés : http://frank.itlab.us/spider_2002/silk_potato_tobacco.pdf

Ce n’est que tout récemment (mars 2013) que l’entreprise AMSilk a développé pour la première fois une fibre de soie possédant les mêmes propriétés que la soie d’araignée. Le procédé de fabrication repose sur l’assemblage des protéines, chose qui n’avait pas encore été comprise jusqu’à présent. La fibre de soie s’appelle Biosteel.

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Fibre Biosteel

http://www.amsilk.com/en/products/biosteel-spidersilk-fibers.html

Ce sont les chèvres qui vont être contentes !

Brigitte Segers

 

Souvenir de vacances

A peine les valises rangées dans l’armoire qu’il faut déjà penser à de nouveaux articles pour alimenter le blog ! Mais après une si longue absence, il m’était difficile de ne pas vous rapporter dans mes bagages un petit cadeau exotique (sous forme de photo, rassurez-vous) du plus grand intérêt.

L’araignée du genre Deinopis (famille Deinopidae) est surnommée en anglais net-casting spider – araignée lanceuse de filet. Son second surnom est ogre faced spider – araignée à face d’ogre, car les espèces de ce genre arborent deux yeux antérieurs médians énormes. Cette paire d’yeux permet à ces araignées de chasser de nuit avec une très grande précision, et elles en ont grand besoin.

En effet, car au lieu de simplement construire une toile et d’attendre que des insectes se prennent dedans, les Deinopis tissent une très petite toile en forme de filet rectangulaire, en soie très souple, qu’elles maintiennent à l’aide de leur deux pattes antérieures et qu’elles projettent sur les proies qui viennent à passer par là…

Et comme un dessin vaut toujours mieux qu’un long discours, voici une photo et une vidéo de l’animal en question. On se demande d’ailleurs si ce n’est pas là le système de capture de proie le plus perfectionné qui existe chez les araignées, en compétition peut-être avec celui des araignées Bolas dont nous avions déjà parlé sur ce même blog (tactique de l’araignée Bolas)

Pour ma part, c’est l’une des plus belles rencontres aranéologiques que j’ai eu la chance de faire. Et pour les curieux, l’araignée photographiée en Australie ne faisait pas plus de 1 cm – en la cherchant, je m’attendais d’ailleurs à quelque chose de plus massif – comme quoi les apparences sont trompeuses…

Brigitte Segers

Soie disant : petit aperçu des œuvres architecturales de quelques Araignées

Voici un texte d’Isabelle Pierdomenico

Le Belge a une brique dans le ventre, c’est bien connu, et pourtant il est l’un des rares Mammifères à construire un abri pour lui ou pour sa descendance. Les plus brillants constructeurs sont chez les Oiseaux bien sûr, mais aussi chez les Arthropodes (ces petites bêtes aux pattes articulées), dont les araignées.

De soyeux petits chez soi

Les Araignées sédentaires sont parmi les rares animaux qui fabriquent un piège pour se nourrir, la toile, qui peut se décliner en différents modèles selon les espèces. Les plus célèbres sont les toiles rondes (orbiculaires) des araignées orbitèles. En voici trois exemples.

Argiope bruennechi, l’Argiope frelon ou l’Épeire fasciée

La toile de l’Argiope frelon, Argiope bruennichi (Araneidae) est reconnaissable entre toutes, d’abord parce que l’Araignée y reste la plupart du temps immobile, ensuite parce qu’elle comporte en son milieu un motif blanc en zigzag (stabilimentum) dont l’utilité est encore discutée : signal d’obstacle pour les oiseaux, camouflage contre les prédateurs ou attrait pour les proies ? La Cyclose conique, Cyclosa conica (Araneidae) fait de même.

 

Araneus quadratus, l’Épeire à 4 points

L’Épeire à 4 points (Aranéidae) accroche son tipi de soie aux rayons de l’ombelle desséchée, juste au-dessus de sa toile-piège. Elle peut y capturer jusqu’à 500 insectes en une journée. Elle tient toujours une patte sur le fil d’alerte. Pour la voir, il suffit de faire vibrer la toile avec un diapason ou de la chatouiller délicatement à travers la toile de son refuge. L’abdomen de la femelle est tout rond, rouge, vert ou brun, ponctué de 4 taches blanches – chacune avec un point noir, on dirait 4 yeux louchant. Le mâle est de dimensions nettement moins spectaculaires.

Araniella cucurbitina

L’une des plus petites araignées tisseuses de toiles orbiculaires, Araniella cucurbitina (Araneidae) construit sa toile souvent en travers d’une seule feuille d’arbre ou de buisson.

Dans la végétation la plus basse se trouvent les toiles à baldaquins des Linyphiidae. La toile est une nappe entre deux réseaux de fils verticaux et obliques. Les insectes volants qui heurtent les superstructures de soie tombent dans la nappe juste en-dessous. L’Araignée qui attend sous cette nappe n’a plus qu’à saisir sa proie. Sur 1 m2 de forêt, on peut trouver 50 toiles de Linyphiidés, avec parfois 2 Araignées cohabitantes, car la femelle tolère le partenaire. C’est l’une des familles qui comptent le plus d’espèces – 500 en Europe – mais ces Araignées sont difficiles à identifier, car elles sont généralement très petites et sans signe distinctif visible sur le terrain. Avec une bonne loupe, vous verrez peut-être un appareil de stridulation sur les chélicères (pièces buccales) et les pattes. Avec cet instrument les mâles jouent leur aubade à la femelle.

 

Toute araignée possède des glandes productrices de soie (jusqu’à sept types de soie !), libérée grâce aux filières situées au bout de l’abdomen. La soie peut servir à d’autres dispositifs que la toile-piège, par exemple le cocon.

Berceaux de soie

Une lanterne de fée ! La fée, c’est Agroeca, une araignée Liocranidae qui donne à son cocon cette élégante forme. Il existe plusieurs espèces d’Agroeca qui s’adaptent à différents biotopes, mais comme nous sommes au printemps, il s’agit sans doute d’Agroeca brunnea qui pond en mars-avril.

Pour une visite guidée de l’immeuble, voyez l’article

Un étage végétal plus bas, une Araignée-loup s’agite, son cocon bien tenu par les filières.

Les Araignées-loups, Lycosidae, sont ainsi nommées parce qu’elles apparaissent souvent en grand nombre au sol, ce qui rappelle une meute de Loups en chasse – le nom de genre d’une de ces Araignées, Pardosa, qui fait allusion à la chasse à courre de la Panthère (Pardalis), compense quelque peu cette interprétation erronée, puisque les Araignées sont toujours solitaires dans leur recherche de nourriture.

Dans la famille Lycosidae donc, les femelles de la plupart des espèces se déplacent avec leur portée en sac à dos. Elles ôtent régulièrement le cocon, le retournent et le rattachent à nouveau aux filières. Souvent, la femelle ouvre le cocon et régurgite un fluide sur les œufs, puis scelle l’ouverture avec de la soie. Elle l’expose aussi régulièrement à la chaleur du soleil pour accélérer le développement des œufs.

Après deux à trois semaines, la femelle perçoit des vibrations annonciatrices de l’éclosion et ouvre le cocon, laissant les jeunes Araignées s’installer sur son dos. D’autres animaux font de même, ce qui requiert pour les petits un nombre et une taille gérable, et pour l’adulte une anatomie adéquate. Dans le cas de Pardosa sp., 100 jeunes peuvent se tenir sur la face dorsale de l’abdomen maternel, qui pour l’occasion adopte un aspect crépu et une forme irrégulière. Si la mère demeure immobile, les petits peuvent se dégourdir les pattes au sol, mais restent attachés par des fils de soie. En cas de menace, la mère tire sur ces fils en raidissant ses poils, sonnant ainsi le rassemblement de sa progéniture. Pendant tout ce temps, le zèle de la mère-Araignée est imperturbable même si – pour la science ! – le cocon est remplacé par une boulette d’ouate, ce qui indique que le comportement maternel est dicté par un programme génétique.

Il faut aussi noter que les petits ont soin de titiller d’autres poils pour inhiber le cannibalisme de leur mère durant cette période de nomadisme familial. Ensuite, la petite famille se disperse.

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Des pattes s’agitent hors d’une feuille de ronce enroulée.

C’est vraisemblablement une Araignée Clubionidé, car toute femelle de cette famille tisse une cellule de soie ou enroule une feuille pour obtenir un étui dont elle coud les bords. Ce faisant, elle s’y enferme avec son cocon.

Dans cette famille, on passe la journée enfermé dans une cellule de soie, sous une pierre, sous l’écorce ou dans la végétation en attendant de chasser la nuit. Alors, la femelle sort-elle de cet abri pendant la nuit ou va-t-elle mourir là pour servir de nourriture à ses jeunes éclos ?

Soie-gner ses enfants

Au vu de ces trois berceaux, il faut distinguer trois façons d’être mère chez les Araignées : l’Agroeca se contente de mettre au monde, une Lycosidae vit sa vie en emmenant ses jeunes partout et une Clubionidae se coupe du monde. Cette variation d’investissement parental chez les Araignées semble dépasser le cadre de référence habituel pour expliquer les différences de stratégies reproductives (stratégies r-K). La théorie de Lack serait plus appropriée : chez les espèces sans soins parentaux, l’effort de reproduction est le plus grand possible ; tandis que chez les espèces à soins parentaux, la taille des pontes est ajustée pour correspondre au nombre maximum de jeunes que les parents peuvent élever. Dans le cas d’une Pardosa sp, c’est la surface dorsale de son abdomen qui limiterait le nombre d’œufs. Le nombre d’œufs est d’ailleurs plus grand chez d’autres espèces de Lycosidae qui ne transportent pas leur progéniture sur le dos.

Reste que, bien souvent, la femelle est bien plus investie que le mâle… c’est ce que Dame Nature a trouvé pour garantir au mâle sa paternité et pour lui permettre de féconder d’autres femelles. Fi de morale, seule la perpétuation de l’espèce compte !

Pour protéger leurs œufs des intempéries et de la prédation, les Araignées construisent bien d’autres merveilles de cocons. Mais voici déjà, à portée de tout promeneur du dimanche quelque peu attentif, trois variations sur un même thème ! Comme quoi, le plus petit de nos pas peut mener au voyage !

Araignée ? Vole !

La soie peut aussi servir à voyager ! Par exemple, si vous voyez un nuage de fils soyeux, il se peut que vous assistiez à la dispersion massive des jeunes Linyphiidae à la recherche d’un territoire de chasse. Dans la plupart des familles, toute jeune Araignée peut ainsi s’envoyer en l’air quand un courant chaud ascendant est à portée d’abdomen. Au bout de celui-ci se trouvent les filières, l’organe émetteur de soie. La jeune Araignée se place sur un promontoire, relève son abdomen et sort un fil… si le courant ascendant emporte la soie, l’Araignée s’offre un baptême de l’air. La dispersion aérienne peut être efficace, parce qu’elle permet de franchir des obstacles pour coloniser des nouveaux espaces et mélanger les espèces. Mais elle est aussi périlleuse, car l’AVNI(*) peut rencontrer la voracité des hirondelles, les toiles d’autres Araignées, le gel en altitude ; elle peut aussi atterrir dans une étendue d’eau ou un milieu défavorable.

(*) AVNI : araignée volante non initiée)

Isabelle Pierdomenico

Références :

  1. Collectif, Cours d’éthologie, Investissement parental, 2010-2012, Natagora.

  2. Decoq, O., 2011.- Des Araignées et des Hommes. Cours d’éthologie. Natagora.
  3. Gaffiot, F., 1936.- Dictionnaire abrégé latin-français. Paris. Hachette. 720 p.

  4. Galand, P., 2011.- Les jeux de l’amour, du hasard et de la mort. Bruxelles. Racine. 309 p.
  5. http://www.european-arachnology.org/
  6. Le Garff, B., 1998.- Dictionnaire étymologique de zoologie. Paris. Delachaux et Niestlé. 205 p.
  7. Maelfait J.-P., Bosmans, R., 1986.- Observations sur l’effort de reproduction de quelques araignées, Atti Soc. Tosc. Sci.Nat., Mem., ser B, 88, suppl. (1981)

  8. Roberts M.J., 2009.- Guide des Araignées de France et d’Europe. Paris. Delachaux et Niestlé. 383 p.
  9. Trabalon, M., 2000.- Les modes de communication des Araignées. 11 p.

Documentation (4) : Spider silk

Un nouveau livre concernant l’évolution des araignées est arrivé dans mes mains. L’ouvrage intitulé « Spider silk : evolution and 400 million years of spinning, waiting, snagging, and mating » est écrit par deux femmes, Leslie Brunetta et Catherine Craig, l’une écrivaine, l’autre biologiste spécialisée dans l’étude de la soie.

Dans un anglais relativement simple (scientifique) les auteurs retracent les étapes de l’évolution, depuis l’apparition de la vie sur terre jusqu’à nos jours, et la place que les araignées y ont jouée. La soie est le fil conducteur du livre (si je puis me permettre ce jeu de mot facile) et son apparition ainsi que son utilisation expliquerait l’évolution et l’adaptation de certaines espèces… les premières araignées ne construisaient par exemple pas de toiles orbitèles puisque les insectes ne volaient pas encore, et colonisaient le sol, se confectionnant des retraites pour se protéger des rayons du soleil, garder un certain taux d’humidité et y développer les premières tactiques de chasse…

Quand je l’aurai terminé, je posterai un résumé sur ce blog…

Spider silk : evolution and 400 million years of spinning, waiting, snagging, and mating de Leslie Brunetta et Catherine Lee Craig (New Haven : Yale University Press, 2010)

Joubarbe à toile d’araignée

Joubarbe à toile d'araignées - photo by Jeffdelonge

Les Joubarbes de la famille des Crassulacées sont des plantes succulentes (erronément appelées plantes grasses) qui se caractérisent par des feuilles généralement charnues afin de faire des réserves d’eau permettant ainsi à la plante de survivre à de longues périodes de sécheresse.

Chez nous, nous pouvons observer deux espèces de Joubarbe à l’état spontané : la Joubarbe des toits (Sempervivum tectorum) et la Joubarbe prolifère (Jovibarba sobolifera).

Il existe une Joubarbe dite à toile d’araignée (Sempervivum arachnoideum). Cette plante possède effectivement des feuilles regroupées en rosettes et recouvertes d’un réseau de fins poils blanchâtres, comme si la plante était recouverte de toiles d’araignées. Ces poils épais disposés à la façon d’une feutrine, forment une couche supplémentaire permettant de réduire encore plus les pertes d’eau. On utilise le terme tomentueux pour parler des plantes recouvertes de poils épais.

Brigitte Segers

Usage pour soie ?

 

La soie, qu’elle provienne de la chenille domestiquée du Bombyx du mûrier – Bombyx mori (vulgairement appelé ver à soie) ou des filières des araignées, est une fibre extrêmement solide qui a éveillé les rêves les plus fous quant à sa reproduction. C’est ainsi que des scientifiques ont eu l’idée d’introduire des gènes responsables de la production de soie des araignées dans le génome de chèvres…

La suite de cette histoire passionnante écrite par Renaud Delfosse et que je vous invite à lire sur son blog :

http://manaturamoi.skynetblogs.be/archive/2009/12/06/de-fils-d-araignee-en-aiguille-cela-va-de-soie.html

Merci Renaud.