Araignée du mois (20) : Micrommata virescens

Nous vous proposons une nouvelle araignée du mois : Micrommata virescens. Celle-ci me tient particulièrement à coeur car elle est tout simplement magnifique… Elle vous est présentée par notre ami Willy Van de Velde.

 

La Micrommata verteChuvashia 2011-1e
Nom latin : Micrommata virescens (Clerck, 1757) (syn. Micrommata roseum)
Nom vernaculaire : Micrommata verte, ou araignée verte.
Famille : Sparassidae (anciennement Heteropodidae)
Taille : Femelle : 10-15mm Mâle : 7-10mm
Habitat : Au sol, au sein de la végétation des clairières et lisières forestières ensoleillées.
Saison : Maturité de la fin du printemps jusqu’à l’automne.

La famille des Sparassides est surtout présente dans les régions tropicales et subtropicales. En Belgique, cette famille est représentée par un seul genre : Micrommata.

Si Micrommata virescens est décrite comme répandue et commune, son observation se mérite tant les couleurs des deux sexes à chaque stade lui assurent un camouflage parfait : la femelle présente un céphalothorax et des pattes vert vif, quasiment fluo, et un abdomen jaune-vert éclairci par une fine pilosité blanche. Le mâle quant à lui est davantage olivâtre, avec un abdomen jaune à flancs roux présentant une bande longitudinale rouge. Les jeunes sont uniformément verts, leur teinte prenant une couleur paille tachetée de rouille peu avant l’hiver. Les yeux noirs sont très nettement cerclés de poils blancs, ce qui en renforce le contraste.

Sparassidae - Micrommata virescens

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Mâle de Micrommata virescens by Luc Viatour

Mimétisme parfait, donc, car cette araignée diurne vit au sol et dans la végétation des boisements ensoleillés, ou en lisières et clairières, où elle chassera ses proies plutôt à l’affut qu’en les poursuivant. Elle ne fabrique pas de toile. Il est renseigné qu’elle peut parfois fréquenter les prairies humides.

Une fois la maturité sexuelle atteinte, le mâle grimpe de face sur la femelle et se penche sur le côté pour introduire son bulbe copulateur dans le plus proche orifice génital de la femelle. L’accouplement peut durer plusieurs heures. Au moment de la ponte, la femelle tisse un cocon au sein d’une loge faite de feuilles reliées à l’aide de soie. Elle protègera sa couvée et attaquera tout intrus ! Il est à noter, en l’occurrence, que les chélicères de la Micrommata verte ne peuvent transpercer l’épiderme de l’homme.

Micrommata virescens est donc la seule espèce représentante de sa famille en Belgique. Il est semble-t-il peu connu qu’elle fréquente la région bruxelloise. Elle est pourtant bel et bien présente en forêt de Soignes, preuve avec cette photo d’une femelle aperçue dans la partie uccloise de la forêt, sous la vieille futaie de hêtres du triage de l’Infante.

micrommata

femelle Micrommata virescens by Willy Van De Velde (Bruxelles, Foret de Soignes)

 

Willy Van de Velde

Sources :

Guide des araignées et des opilions d’Europe – Dick Jones – Delachaux & Niestlé

Guide photo des araignes et arachnides d’Europe – Heiko Bellmann – Delachaux & Niestlé

Remarque : Si vous rencontrez un jour une femelle Micrommata virescens, vous pourrez voir littéralement son coeur battre : en effet, grâce à sa couleur vert diaphane, on peut observer le coeur de cette araignée vibrer au travers de sa tache cardiaque (c’est la lame vert foncé visible sur la face dorsale au centre de l’abdomen). (BS)

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L’araignée européenne de l’année 2013

Pour la neuvième année consécutive, les associations arachnologiques européennes ont désigné «  l’araignée européenne de l’année« . L’heureuse élue est … la mygale commune : Atypus affinis Eichwald, 1830, remarquable espèce plébiscitée par 85 aranéologues ambassadeurs de 24 pays, dont la Belgique, représentée par la Société Arachnologique de Belgique (ARABEL).

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Atypus affinis : photo © P. & M. Wouters-Horeman / Banque d’images ARABEL

 

Largement répandue en Europe, la mygale commune vit également en Belgique (de même qu’une espèce très proche, beaucoup plus rare 1).

En Europe, les araignées mygalomorphes sont représentées par 6 familles regroupant 87 espèces ². La troisième espèce du genre Atypus , Atypus muralis Bertkau, 1890, vit quant à elle en Europe Centrale.

Je ne reviendrai pas sur les étonnants aspects de la biologie de cette araignée – tout ou presque – ayant été dévoilé sur ce site par Brigitte Segers dans son article intitulé « Atypus affinis en Forêt de Soignes« .

L’espèce existe donc bel et bien en région bruxelloise !

Atypus affinis planche Becker

Planche Becker de Atypus affinis

Elle fut signalée par Léon BECKER à la fin du 19ème siècle 3 à Watermael-Boisfort et à Uccle, époque à laquelle les biotopes favorables (terrains sablonneux, talus couverts de Bruyère …) étaient encore bien présents et abritaient probablement des populations importantes… Aujourd’hui, le constat est simple : « mais où sont les neiges d’Antan ? ». Les biotopes favorables ont pratiquement tous disparus …

3.©M. Jacobs atypus affinis

Atypus affinis : photo © M. Jacobs / Banque d’images ARABEL

Bien que les populations de la forêt de Soignes (probablement présentes dans les trois régions) sont loin d’être toutes inventoriées et évaluées, il est raisonnable de penser que ces populations sont peu fréquentes, très réduites et isolées les unes des autres, essentiellement à cause de la rareté des biotopes favorables. La gestion et la création de ces biotopes sont indispensables au maintien de cette fascinante petite mygale : gestion par élimination des ligneux envahissant les zones abritant les colonies et création de talus et de pentes replantées de Bruyère. Outre Atypus affinis, ces mesures seraient extrêmement bénéfiques à la biodiversité en général et aux Arthropodes en particulier, liés à ce type de milieu naturel.

On ne peut évidement pas présumer d’éventuelles découvertes de colonies isolées en région bruxelloise mais les chances sont très minces… A l’heure actuelle, outre la forêt de Soignes, une seule colonie (très réduite et totalement isolée) de la mygale commune est encore présente dans un cimetière du sud de Bruxelles (R. KEKENBOSCH & B. SEGERS, à paraître).

Robert Kekenbosch

¹ Il s’agit d’Atypus piceus (Sulzer, 1776), espèce connue à l’heure actuelle de deux localités en Région wallonne.

² Familles des Atypidae, Theraphosidae, Cyrtaucheniidae, Nemesiidae, Hexathelidae, et Ctenizidae

³ Selon la nomenclature en vigueur à l’époque, cette espèce s’appelait Atypus piceus.

Atypus affinis en Forêt de Soignes

Des « mygales » à Bruxelles ?

Lorsque l’on parle de mygales, il nous vient tout de suite à l’esprit ce gros monstre d’araignée poilue, de la taille d’une main, qui se déplace sournoisement et qui nous fait trembler, même à travers la vitre d’un vivarium.

Mygale depuis le site arachnides.com

Alors, est-il vrai qu’une « mygale belge » vit dans la Foret de Soignes ?

Pour éviter tout sensationnalisme, il serait déjà plus correcte de parler de « mygalomorphes bruxellois »… Et il existe effectivement en Belgique deux espèces mygalomorphes, appartenant à la famille des Atypidae : il s’agit de Atypus affinis et Atypus piceus.

Mygalomorphe, c’est quoi :

Sans entrer trop dans les détails, les araignées (chélicérates) se distinguent des insectes (mandibulates) entre autres par la présence d’un appendice buccal tout à fait particulier en forme de crochets que l’on appelle les chélicères.

Pour classifier les araignées, les scientifiques se sont basés sur la disposition de cette paire de chélicères : soit l’araignée articule ses chélicères de façon parallèle (dans un plan vertical), soit ceux-ci s’articulent dans un plan horizontal, voire se croisent lorsqu’ils sont utilisés. On parle donc du sous-ordre des Mygalomorphes ou Orthognathes (ortho signifiant droit, il s’agit des araignées ayant des chélicères qui se projettent vers l’avant et ne se croisent pas) et du sous-ordre des Araneomorphes ou Labidognathes (dont les chélicères ne sont pas parallèles).

Les Mygales sont donc des araignées Mygalomorphes qui se caractérisent par la présence d’une paire de chélicères, assez volumineuse, présentant une articulation « parallèle ».

Mue d'Atypus affinis (Vierves, 2009)

Mais revenons à notre « Mygale bruxelloise » : Atypus affinis. Ne vous attendez pas à croiser des monstres poilus de 25 cm de diamètre, ces dimensions étant généralement réservées aux araignées tropicales, notre « petite mygale » ne dépassant guère le cm (parfois jusque 18 mm pour la femelle Atypus affinis, chélicères comprises) est glabre et inoffensive… inutile donc de s’affoler.

Atypus affinis (photo de la Banque nationale de photos en SVT-libre de droit)

Des chaussettes de soie :

La famille des Atypidae se caractérise principalement par la construction d’un terrier partiellement souterrain. A l’opposé de la majorité des araignées, les Atypidae ne construisent donc pas de belles grandes toiles géométriques au sein de la végétation pour attraper leurs proies. Elles sont entièrement vouées au sol (terricoles) et construisent un abris qui pourrait être comparé dans sa forme à un boudin ou une chaussette (on l’appelle d’ailleurs en anglais purse-web). Cette chaussette est en fait un tube de soie, fermé aux deux extrémités et à l’intérieur duquel l’araignée va vivre, se nourrir, se reproduire, et même pouponner pendant de nombreuses années (on attribue à Atypus affinis une longévité proche de 10 ans, ce qui en fait une espèce dite pérenne).

L’araignée creuse en fait un trou dans le sol qu’elle tapissera de soie. La partie souterraine de ce tube de soie peut atteindre de 10 à 50 cm sous la surface terrestre, alors que sa partie aérienne ne dépasse pas les 10 cm, s’épaississant d’année en année. Ce sont les débris de terre et de végétaux qui donnent un aspect de chaussette, voire d’excrément séché sur la partie visible du tube. Ce genre de structure est particulièrement difficile à observer et vous pourriez marcher des centaines de fois devant sans jamais vous en rendre compte.

Chaussette de soie (Foret de Soignes)

Chaussette de soie (Foret de Soignes)

Les Atypus ne quittent que rarement ce doux cocon de soie : les mâles sont visibles à la surface lorsqu’ils partent à la recherche d’une « chaussette femelle » sur laquelle ils viendront tapoter pour pouvoir entrer et s’accoupler. Même pour chasser, ces araignées ne quittent pas leur abris et attendent simplement qu’un insecte (ou autre arthropode) marche sur l’extrémité du tube pour venir le mordre à l’aide de ses puissants chélicères au travers de la soie. Une fois la proie immobilisée, l’araignée pratique une fente dans sa propre construction pour y faire entrer son butin et le déguster à l’intérieur de sa cachette…

De même, au printemps, on peut parfois observer la méthode du ballooning des jeunes Atypus qui quittent la chaussette parentale pour « s’envoler » vers d’autres territoires.

Ballooning de jeunes Atypus !!! voir photo ici !!!

De par leurs techniques de chasse, les Mygalomorphes sont considérées comme des araignées relativement primitives par rapport aux araignées orbiculaires, puisque les premières araignées à avoir coloniser la terre construisaient des terriers afin de recréer des conditions au taux d’humidité élevé (tous les arthropodes ont une origine marine) et se protéger à la fois des rayons du soleil et des prédateurs.

Biotope :

Atypus affinis est une espèce thermophile affectionnant les sols sablonneux ou calcaires, ensoleillés ou semi-ombragés. La présence de ce type d’habitat se faisant de plus en plus rare, l’observation d’Atypus affinis est restreinte à quelques rares endroits en Belgique. Ceci dit, si le biotope est favorable, on peut alors observer des concentrations importantes de l’espèce.

En Flandre, un arrêté royal protège l’espèce Atypus affinis. Néanmoins, outre la protection d’une espèce, il faudrait poser une réflexion approfondie concernant la préservation de son habitat.

Observation en Foret de Soignes :

Lors d’une excursion naturaliste du GT araignées bruxellois, nous avons eu la chance unique d’observer un jeune individu d’Atypus affinis en Foret de Soignes. Nous étions en présence d’un aranéologue et de deux gardes forestiers et avions donc l’autorisation d’extraire une jeune chaussette dans laquelle se trouvait un spécimen qui ne dépassait pas les 5 mm. Il est en effet indispensable de passer par cette technique si l’on veut observer l’espèce mais il est toutefois déconseillé de le faire. Après observation, l’individu a été soigneusement replacé dans une loge de terre pour lui permettre de reconstruire rapidement sa toile souterraine.

Biotope requis pour Atypus affinis

Même si cette espèce n’est soumise à aucun statut de protection en Région Bruxelloise, la présence d’Atypus affinis en Foret de Soignes devrait être prise en considération par les pouvoirs locaux et les gens de terrain afin de mieux protéger son habitat. Un garde forestier nous expliquait entretenir le talus afin de réguler quelque peu son envahissement par la végétation et préserver ainsi ce biotope fragile. Une initiative personnelle à souligner et qui mérite bien des félicitations.

Par simple précaution, le talus où nous avons fait l’observation de ces chaussettes ne sera pas révélé afin d’éviter un éventuel pillage du site par certains collectionneurs peu scrupuleux.

Vous voilà donc prévenu, la « mygale belge » rôde bien dans notre belle Foret de Soignes. Inutile donc d’aller bien loin pour voir des espèces fascinantes, n’est-il pas ?

(Brigitte Segers)

Pour continuer l’étude d’Atypus affinis :

Extrait de l’article consacré à l’aranéofaune du « Chalaine » à Nismes :

Atypus affinis Eichwald, 1830 

« Cette remarquable araignée mygalomorphe est bien présente dans le Parc Naturel Viroin-Hermeton. Néanmoins, en fonction des biotopes, l’abondance de cette espèce peut se montrer très variable : un seul individu mâle fut capturé sur le « tienne aux Boulis » (R. KEKENBOSCH, à paraître), alors que plus d’une centaine d’individus furent piégés sur le « Chalaine », ces deux tiennes (très proches au niveau de la structure de la végétation) étant distants d’à peine quelques centaines de mètres. Pour BARA (1991), le biotope préférentiel d’A.affinis est, dans la région de Viroinval, la pelouse mésophile.

Tout comme à Rixensart (KEKENBOSCH, 2010), l’activité des mâles adultes a lieu principalement en automne avec un pic d’activité de mi-septembre à fin novembre. Au tienne Chalaine, le plus grand nombre d’exemplaires furent capturés du 5 octobre au 2 novembre 2008 (49 individus). Seuls 14 individus furent récoltés du 25 février au 15 mars 2009. Au total, 141 mâles adultes (137 pour la station 1 et 4 pour la station 2) furent piégés du 24 août 2008 au 15 mars 2009.

Une telle abondance peut surprendre mais dans biotopes favorables, cette espèce peut atteindre des densités de populations très élevées comme l’indique CANARD : « Bien que ce groupe comprenne peu d’espèces, il ne faut pas négliger son impact dans le milieu car les densités de populations sont parfois très élevées. Dans les zones de végétation épaisse des landes armoricaines, elles atteignent jusqu’à 8 – 9 individus / m² soit une biomasse moyenne de 200 mg /m² (2 kg / ha) (CANARD, 1984). L’essentiel des quelques captures d’exemplaires juvéniles eurent lieu au printemps (mars – avril). La durée du cycle biologique complet atteint 5 à 7 ans au minimum (CANARD, 1986). »

Lire aussi :

http://www.soignes-zonien.net/la-nature/les-arachnides/des-mygales-en-foret-de-soignes

http://manaturamoi.skynetblogs.be/tag/atypus+affinis