Araignée du mois (20) : Micrommata virescens

Nous vous proposons une nouvelle araignée du mois : Micrommata virescens. Celle-ci me tient particulièrement à coeur car elle est tout simplement magnifique… Elle vous est présentée par notre ami Willy Van de Velde.

 

La Micrommata verteChuvashia 2011-1e
Nom latin : Micrommata virescens (Clerck, 1757) (syn. Micrommata roseum)
Nom vernaculaire : Micrommata verte, ou araignée verte.
Famille : Sparassidae (anciennement Heteropodidae)
Taille : Femelle : 10-15mm Mâle : 7-10mm
Habitat : Au sol, au sein de la végétation des clairières et lisières forestières ensoleillées.
Saison : Maturité de la fin du printemps jusqu’à l’automne.

La famille des Sparassides est surtout présente dans les régions tropicales et subtropicales. En Belgique, cette famille est représentée par un seul genre : Micrommata.

Si Micrommata virescens est décrite comme répandue et commune, son observation se mérite tant les couleurs des deux sexes à chaque stade lui assurent un camouflage parfait : la femelle présente un céphalothorax et des pattes vert vif, quasiment fluo, et un abdomen jaune-vert éclairci par une fine pilosité blanche. Le mâle quant à lui est davantage olivâtre, avec un abdomen jaune à flancs roux présentant une bande longitudinale rouge. Les jeunes sont uniformément verts, leur teinte prenant une couleur paille tachetée de rouille peu avant l’hiver. Les yeux noirs sont très nettement cerclés de poils blancs, ce qui en renforce le contraste.

Sparassidae - Micrommata virescens

800px-Micrommata_virescens_Luc_Viatour

Mâle de Micrommata virescens by Luc Viatour

Mimétisme parfait, donc, car cette araignée diurne vit au sol et dans la végétation des boisements ensoleillés, ou en lisières et clairières, où elle chassera ses proies plutôt à l’affut qu’en les poursuivant. Elle ne fabrique pas de toile. Il est renseigné qu’elle peut parfois fréquenter les prairies humides.

Une fois la maturité sexuelle atteinte, le mâle grimpe de face sur la femelle et se penche sur le côté pour introduire son bulbe copulateur dans le plus proche orifice génital de la femelle. L’accouplement peut durer plusieurs heures. Au moment de la ponte, la femelle tisse un cocon au sein d’une loge faite de feuilles reliées à l’aide de soie. Elle protègera sa couvée et attaquera tout intrus ! Il est à noter, en l’occurrence, que les chélicères de la Micrommata verte ne peuvent transpercer l’épiderme de l’homme.

Micrommata virescens est donc la seule espèce représentante de sa famille en Belgique. Il est semble-t-il peu connu qu’elle fréquente la région bruxelloise. Elle est pourtant bel et bien présente en forêt de Soignes, preuve avec cette photo d’une femelle aperçue dans la partie uccloise de la forêt, sous la vieille futaie de hêtres du triage de l’Infante.

micrommata

femelle Micrommata virescens by Willy Van De Velde (Bruxelles, Foret de Soignes)

 

Willy Van de Velde

Sources :

Guide des araignées et des opilions d’Europe – Dick Jones – Delachaux & Niestlé

Guide photo des araignes et arachnides d’Europe – Heiko Bellmann – Delachaux & Niestlé

Remarque : Si vous rencontrez un jour une femelle Micrommata virescens, vous pourrez voir littéralement son coeur battre : en effet, grâce à sa couleur vert diaphane, on peut observer le coeur de cette araignée vibrer au travers de sa tache cardiaque (c’est la lame vert foncé visible sur la face dorsale au centre de l’abdomen). (BS)

Araignée du mois (19) : l’araignée Napoléon

Nom latin : Synema globosum (Fabricius, 1775)

Nom vernaculaire : araignée Napoléon

Famille : Thomisidae

Taille : femelles, 6 – 8,5 mm ; mâles, 3 – 4 mm

Habitat : généralement sur Apiacées mais aussi végétaux divers

Saison : Maturité en été

Seule représentante du genre Synema en Belgique, Synema globosum, surnommée aussi araignée Napoléon est une espèce dont l’identification sur le terrain ne pose aucun problème.
Vous trouverez de nombreuses références sous le nom de genre Synaema, mais cette orthographe est désormais incorrecte.

Mais pourquoi donc araignée Napoléon me direz-vous ?

Si la première chose qui vous vient en tête est le célèbre bonbon jaune acidulé, c’est que vous êtes peut-être en manque de sucre. Par contre, si vous pensez au célèbre personnage historique, vous avez gagné… un bonbon… Car effectivement, quelqu’un a eu un jour une illumination en observant cette araignée et en y voyant la silhouette du fameux chapeau bicorne de Napoléon… comme quoi, tout arrive et de vous à moi, j’y vois plus une tâche d’encre semblable à celles utilisées dans les tests de Rorschach ou le profil d’une bombe atomique (mais peut-être suis-je aussi en manque de sucre).

synaema globosum

Synema globosum extrait de Field guide Spiders of Britain and Northern Europe Michael J. Roberts

Emperor Of France

Napoleon Bonaparte

Scientifiquement parlant, on préférera le terme folium (çad un dessin en forme de feuille) large et denté.

synaema globosum tache

dessin du folium de Synema globosum

Synema globosum se reconnait donc très facilement grâce à son dessin noir rappelant Napoléon pour certains (ou une tache d’encre pour d’autres) sur un abdomen jaune, mais dont la couleur peut varier du jaune pâle à l’orange foncé. Le céphalothorax est quant à lui entièrement noir brillant. La forme du folium peut légèrement varier d’un individu à l’autre.

Syne_glob_EM_04

Synema globosum (Fabricius, 1775 ) – ©Eddy Moons/Banque d’images ARABEL

Syne_glob_EM_11

Synema globosum (Fabricius, 1775 ) ©Eddy Moons/Banque d’images ARABEL

.

S. globosum est une araignée de la famille des Thomisidae. Pour rappel, les Thomisidae appelées également araignées crabes ne construisent pas de toile piège et se caractérisent par des fémurs élargis au niveau des pattes I et II. Etant donné que nous en avons déjà parlé plusieurs fois, je vous renvoie donc vers les articles suivants :

les araignées de mer sont elles des araignées ?

araignée du mois (17) : Diaea dorsata

Penchons-nous maintenant sur sa distribution en Belgique et en Europe. Cette espèce était absente de la Grande-Bretagne il y a encore quelques années. Depuis lors, elle y a fait son appartition mais les observations sont fort peu nombreuses. Globalement, elle est présente dans une grande majorité de l’Europe, avec une fréquence plus élevée dans le sud (voir carte de distribution).

Concernant son observation en Belgique et en 1971, nous pouvons lire ceci :

Limitée aux provinces de Liège, Namur et Luxembourg, cette jolie Araignée, dont la variété rouge a également été capturée en Belgique, se rencontre, en été, sur les Ombellifères.

Le mâle, plus rare que la femelle, se tient ordinairement à terre entre les herbes et les feuilles des plantes basses. Il ne grimpe sur les tiges qu’à l’époque de l’accouplement, c’est-à-dire, en juin.

Cette espèce n’est pas commune dans notre pays.

Extrait de : Notes sur les Araignées de la faune de Belgique – V. Thomisidae, par Jean Kekenbosch, Bulletin Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, Tome 47, deuxième partie (1971)

En Belgique, Synema globosum est devenue une espèce relativement commune. Je serais donc très intéressée d’en apprendre plus sur sa présence à Bruxelles. Toutes données relatives à son observation sont donc les bienvenues.

Brigitte Segers

Araignée du mois (18) : l’Epeire de velour

Nom latin : Agalenatea redii (Scopoli 1763)

Nom vernaculaire : l’épeire de velours

Famille : Araneidae

Taille : femelles, 5,5-7 mm ; mâles, 3,5-4,5 mm

Habitat : Sur les feuilles de buissons et arbustes divers

Saison : Maturité printemps et été

Le genre Agalenatea est représenté dans toute l’Europe par la seule A.redii, l’épeire de velours. De toutes les araignées orbitèles, elle se distingue par un abdomen aussi large – et même parfois un peu plus large – que long. Chez certains individus et chez le mâle, l’abdomen est vaguement triangulaire. Cette imposante carrosserie (5 à 7 mm pour la femelle ; 3,5 à 4,5 mm pour le mâle) est couverte d’un velours beige, brun ou marron chocolat. La face dorsale est très design, ornée d’un motif au choix parmi les 5 du catalogue, mais avec toutefois une constante : à l’avant de l’abdomen, une petite flèche entourée de blanc, qui peut s’élargir et former une paire de lobes blancs. Certaines araignées arborent en bas du motif un triangle brun uni semblable à celui de la forme commune d’Araneus marmoreus. Le mâle a un abdomen plus triangulaire et une tache cardiaque soulignée de blanc. Tous ces détails de couleurs et formes ont peut-être inspiré son nom, car agalea en grec signifie l’ornement. La face ventrale examinée à la loupe révèle une épigyne plus large que longue et à la lèvre épaisse (voir lien épigyne), dont l’angle délimité est variable. Pour terminer la description, notons le pédipalpe avec longue épine au tibia et une paire d’autres à la patella.

Araneidae - Agalenatea redi.DSC_8926

Muni de ce portrait-robot, cherchez-la dans les bruyères, les ajoncs et autres plantes basses, en une friche ensoleillée avec de grandes plantes desséchées ou dans une plantation de jeunes pins. Dès la sortie de l’hiver, elle y construit sa toile, bien verticale mais très excentrée, à portée de main car A. redii la tend à 125 cm de haut maximum. Elle tisse de 19 à 46 rayons selon la structure dont elle dispose.

Tant que lui parviennent les rayons du soleil, l’épeire de velours se laisse volontiers admirer, bien au centre de sa toile, là où le treillis de soie est si dense que l’on croirait voir un petit napperon. Mais si les nuages obscurcissent sa demeure, elle s’enfuit dans la végétation. Qu’il pleuve et vous la verrez dévorer entièrement son piège avant de se mettre à l’abri. En effet, la soie est une bonne source de protéines pour les araignées, qui mangent leur toile en fin de journée ou après destruction. A la fin de l’averse, A. redii reviendra tisser une nouvelle toile.

Araneidae - Agalenatea red -P1050577

Et puis, suivez les rayons les plus courts, ils vous mèneront à sa cachette, un petit hamac soyeux. Avec un peu de chance, vous surprendrez le couple paressant côte à côte dans son nid suspendu, car la femelle n’est pas une mangeuse de mâles. De leur union naîtront les adultes de juin-juillet, si tout va bien : l’épeire de velours est classée « vulnérable » dans la liste rouge disponible sur le site internet de l’INBO1. Parmi les dangers qui la menacent, Gelis melanocephala est un prédateur spécialisé des œufs d’Aranéides. Cet Hyménoptère Cryptinae se rencontre dans 8 cocons d’Aranéidés, isolés ou portés par la femelle, dans tous types de milieux. Une à 12 larves, déposées par la femelle G.melanocephala dans le cocon, percent les œufs des petites araignées, les vident et continuent à les consommer au fil de leur développement, jusqu’à ce que la larve de dernier stade s’enferme dans sa loge de nymphose.

Isabelle Pierdominico

 1 Instituut voor Natuur- en Bosonderzoek : http://www.inbo.be

Références

  1. Roberts M.J., 2009.- Guide des Araignées de France et d’Europe. Paris. Delachaux et Niestlé. 383 p.

  2. Byl, S., 1980.- Vocabulaire grec de base, Dessain

  3. Deom, P., 2007.- Le petit guide des araignées à toiles géométriques, la Hulotte N° 73 et 74

  4. Hanssens Bart, Sec et mouillé au Moeraske, in L’écho du Marais n°104, http://www.cebe.be
  5. Rollard, Chr., Données biologiques sur Gelis melanocephala, http://www.european-arachnology.org

Araignée du mois (16) : Araneus quadratus ou l’Epeire à quatre points

Ce mois-ci, nous vous présentons une superbe araignée à l’habitus coloré arborant sur son abdomen de drôles de petits yeux qui louchent… Voici Araneus quadratus, membre de la plus célèbre famille d’araignées auprès du grand public : les Araneidae ou araignées orbitèles, celles qui tissent des toiles en forme de roue de vélo et dont fait aussi partie l’Epeire diadème (Araneus diadematus).

Si vous avez une Araneus quadratus dans votre jardin, toutes vos observations à Bruxelles ou ailleurs sont les bienvenues !

Araneus quadratus, Épeire carrée ou Épeire à 4 points par Isabelle Pierdomenico

Nom latin : Araneus quadratus Clerck, 1757

Nom vernaculaire : Epeire à 4 points, Epeire carrée

Famille : Araneidae

Taille : femelles, 9-20 mm ; mâles, 6-8 mm

Habitat : Hautes herbes, buissons, Bruyères…

Saison : Maturité en été et automne

Araneidae - Araneus quadratus ,P1060137

.

Le genre Araneus compte 24 espèces en Europe (7 en Belgique), dont les Épeires, avec quadratus parmi les six plus répandues et plus grandes.

NDLR 1 : Les 7 espèces d’Araneus en Belgique sont : Araneus alsine (Walckenaer, 1802) ; Araneus angulatus (Clerck, 1757) ; Araneus diadematus (Clerck, 1757) ; Araneus marmoreus (Clerck, 1757) ; Araneus quadratus (Clerck, 1757) ; Araneus sturmi (Hahn, 1831) et Araneus triguttatus (Fabricius, 1793)

En tant que membre de la famille Araneidea, l’Epeire carrée tisse une toile orbiculaire à moyeu fermé. Sa signature personnelle, c’est 29 rayons maximum, et un abri façon amérindienne. Sous les rayons du soleil et d’une ombelle desséchée, elle accroche un tipi soyeux où elle se tient tête en bas, une patte antérieure toujours sur un fil d’alerte reliée à la toile-piège, ronde à moyeu fermé, un étage plus bas. De sa retraite part un fil qui l’avertit de ses prises : jusqu’à 500 insectes en une journée !

Après un tel régime, de silhouette ovale au début de l’été, l’abdomen de la femelle gonfle jusqu’à paraître une petite balle, fin août. L’araignée pèse alors 1.1g, soit le poids de 11 abeilles ou 60 mouches. Elle peut alors pondre jusqu’à 950 œufs, allégeant son poids à 0.3g. Les œufs sont emballés dans un cocon pour passer l’hiver. Les petites araignées naîtront orphelines au printemps suivant. Les juvéniles resteront groupés un temps en une boule de poils sur une fine toile commune, puis à la moindre perturbation l’ensemble se désagrège, dispersant les jeunes araignées dans les broussailles, bruyères ou buissons d’ajonc, toujours bien exposés au soleil.

Avec l’âge, la couleur varie beaucoup chez les deux sexes : du jaune clair au vert, à l’orange, au rouge ou au brun roussâtre foncé. Les macules blanches pointées de noir ressortent davantage chez les sujets foncés.

Araneidae - Araneus quadratus,P1060118Araneidae - Araneus quadratus,P1060107

Comme tout Araneus est soucieux de sa paternité, Monsieur A. quadratus scelle l’épigyne après copulation (l’apex de l’embolus possède un capuchon qui se brise pour obturer l’épigyne).

Isabelle Pierdomenico

NDLR 2 : l’embolus est un canal conducteur de sperme situé dans le pédipalpe du mâle. Ci-dessous, un schéma provenant du livre « Biology of spiders » expliquant le mécanisme très complexe de la copulation chez les Araneus. C’est digne du mécanisme d’une montre suisse…

embolus Araneus Diagramme décrivant le couplage entre le bulbe mâle (H) et l’epigyne de la femelle (Ep) chez les Araneus.

(a) : l’épine de l’apophyse médiane (M) du bulbe mâle s’accroche au scapus (Sc) de l’épigyne (Ep) de la femelle. Pour simplifer, le scapus est un prolongement de l’épigyne.

(b) L’apophyse médiane (M) du bulbe mâle se déforme et est enveloppée par le scapus (Sc) de l’épigyne femelle. Des petites pièces chitinisées appelées sclérites (R, St et E) changent leur position de telle sorte que l’embolus (E) arrive juste devant l’ouverture de l’epigyne (sur le scapus Sc).

Le gonflement du bulbe mâle (H) provoque une rotation du tegulum (T), qui à son tour, comprime le conducteur (C) amenant l’embolus (E) à l’intérieur de l’épigyne. [D’après Grasshoff, 1973]

Références :

  1. Roberts M.J., 2009.- Guide des Araignées de France et d’Europe. Paris. Delachaux et Niestlé. 383 p.
  2. Deom, P., 2007.- Le petit guide des araignées à toiles géométriques, la Hulotte 73 et 74
  3. Rollard, Ch., Tardieu, V., 2011 : Arachna. Les voyages d’une femme-araignée. Paris. Belin/Muséum d’Histoire naturelle.
  4. Foelix, Rainer F., 1996 : Biology of spiders (second edition). Oxford University Press

araignée du mois (15) : l’Epeire petite bouteille

Nom latin : Mangora acalypha (Walckenaer, 1802)

Nom vernaculaire : Epeire petite bouteille

Famille : Araneidae

Taille : femelle, 3,5 à 4 mm ; mâle, 2,5 à 3 mm

Habitat : Buissons, arbustes, branches basses des arbres

Saison : Individus matures en été

 

Nous continuons notre petit tour des espèces d’araignées communes et identifiables à vue, même pour des non-spécialistes.

Ce mois ci, il s’agit d’une superbe petite araignée assez colorée qui se fait discrète de par sa taille et qui est pourtant bien présente dans de nombreux jardins bruxellois. De plus, son nom vous évoquera probablement l’envie de prendre l’apéritif…

.

 L’Epeire petite bouteille

Mangora acalypha, ou Mangore/Epeire petite bouteille, est l’unique espèce européenne du genre (Mangora), ses cousines résidant sur le continent américain.

.

Araneidae - Mangora acalypha,P1040228

Araneidae – Mangora acalypha – Photo © B Segers

?

L’étymologie de son nom de genre me reste bien mystérieuse. Le nom grec Acalêphê désigne l’ortie : ce nom souligne-t-il la pilosité de l’araignée ou sa morsure ? Le surnom « petite bouteille » ne lui vient pas de son céphalothorax piriforme, mais bien de son abdomen arborant 3 bandes noires sur fond blanc qui se rejoignent souvent pour former un rectangle foncé, voire une petite bouteille à long col… ou une batte de cricket, comme l’évoque l’appellation anglaise « cricket-bat orb weaver ».

.

Araneidae - Mangora acalypha.P1080027

Araneidae – Mangora acalypha – Photo © B Segers

 .

Mâle et femelle sont semblables, à quelques millimètres près : Madame mesure de 3,5 à 4 mm ; Monsieur de 2,5-3mm. Les plus observateurs remarqueront le céphalothorax plus étroit antérieurement chez le mâle, mais approchée de trop près, la Mangore se laissera tomber dans les plantes basses, bruyères, ajoncs et autres buissons, son habitat de prédilection.

Si vous respectez sa conception de la proxémie, Mangora acalypha se laisse admirer dans le moyeu de sa jolie toile orbiculaire, semblable à celle de Zilla diodia, Diodie tête de mort. Cette toile détient le record du nombre de rayons : 26 à 66, le plus souvent 50. Si la toile est tendue obliquement (presqu’horizontalement) et en plein soleil, il s’agit alors bien de l’Epeire petite bouteille ; si elle pend verticalement et à l’ombre, il s’agit de la Diodie.

.

Isabelle Pierdomenico

.

Araneidae - Mangora acalypha-1020937

Araneidae – Mangora acalypha – Photo © B Segers

 

 Références :

  1. Decoq, O., 2011.- Des Araignées et des Hommes. Cours d’éthologie. Natagora.
  2. Gaffiot, F., 1936.- Dictionnaire abrégé latin-français. Paris. Hachette. 720 p.

  3. Le Garff, B., 1998.- Dictionnaire étymologique de zoologie. Paris. Delachaux et Niestlé. 205 p.
  4. Roberts, M.J., 2009.- Guide des Araignées de France et d’Europe. Paris. Delachaux et Niestlé. 383 p.
  5. Deom, P., 2007.- Le petit guide des araignées à toiles géométriques, la Hulotte 73 et 74
  6. Rollard, Ch., Tardieu, V., 2011 : Arachna. Les voyages d’une femme-araignée. Paris. Belin/Muséum d’Histoire naturelle.

araignée du mois (14) : Pisaura mirabilis

Nom latin: Pisaura mirabilis (Clerck 1757)

Nom vernaculaire : Pisaure admirable
Famille : Pisauridae
Taille : femelles, 12-15 mm ; mâles, 10-13 mm
Habitat : prairies, landes, clairières des bois
Saison : individus matures en été

Pisauridae - Pisaura mirabilis -DSC_7819

Pisaura mirabilis (Pisauridae)

Introduction

Pour les personnes qui trouvent l’aranéologie difficile, Pisaura mirabilis est probablement l’une des espèces, avec l’Epeire diadème (Araneus diadematus, Araneidae), les plus faciles à reconnaître sur le terrain. Elle est de taille assez grande, se rencontre très souvent et la femelle a développé un comportement maternel particulier.

Généralités

La Pisaure admirable est une araignée tout terrain, qui se rencontrera aussi bien dans les parcs bruxellois, les jardins privés ou les clairières et lisières boisées, il lui faut juste un espace légèrement ouvert.

Pisaura mirabilis, de la famille des Pisauridae, est la seule représentante en Belgique de son genre (Pisaura). Par contre, les Pisauridae comptent dans notre pays deux autres espèces du genre Dolomedes – Dolomedes fimbriatus (Clerck 1757) et D. plantarius (Clerck 1757), beaucoup plus localisées car rattachées à un biotope particulier (zones marécageuses).

Habitus

Pisaura mirabilis, de couleur variable (gris à brun), ne construit pas de toile pour piéger ses proies mais chasse à vue, dans les hautes herbes et sur le sol. Pour les débutants, elle pourrait se confondre aux araignées-loups (Lycosidae) qui chassent aussi de cette manière, mais lorsque l’on y regarde de plus près, notre Pisaure arbore un abdomen fusiforme (très allongé, en forme de fuseau) ainsi qu’une petite crête sur son céphalothorax. Ces deux caractéristiques visuelles suffisent à la reconnaître sans problème.

Pisauridae - Pisaura mirabilis-DSC00318

Pisaura mirabilis (Pisauridae)

Reproduction : un mâle attentif !

Lors de l’accouplement, le mâle offre une proie emballée de soie à la femelle. Il ne faut pas comprendre ceci comme un comportement social mais bien comme une sélection sexuelle. Des chercheurs ont longuement étudié ces « cadeaux » et il s’en suit qu’au plus gros est la proie, au plus la femelle met de temps à dévorer son présent, au plus long est l’accouplement. Les chercheurs ont fait un lien entre la taille du cadeau, la durée de copulation et le nombre d’œufs fécondés. Il a même été observé des mâles reprenant la proie offerte une fois l’acte accompli ! Et oui, il y a des mufles partout, même chez les araignées…

approche du mâle avec sa proie ("cadeau") ... et la femelle - Photo ©Robert Kekenbosch

approche du mâle avec sa proie (« cadeau ») … et la femelle – Photo extraite d’une vidéo ©Robert Kekenbosch

Le moment précis où la femelle accepte le  "cadeau" du mâle - Photo ©Robert Kekenbosch

Le moment précis où la femelle accepte le « cadeau » du mâle – Photo extraite d’une vidéo ©Robert Kekenbosch

l’accouplement - Photo ©Robert Kekenbosch

l’accouplement – Photo extraite d’une vidéo ©Robert Kekenbosch

Cocon

Vers la fin du printemps, la femelle Pisaure transporte son cocon accroché dans ses chélicères (à l’avant) et ne se nourrit donc plus. Ceci est une autre caractéristique importante et qui exclut d’office les araignées-loup (Lycosidae) puisque celles-ci transportent leur cocon attaché aux filières (à l’arrière)…

Pisauridae - Pisaura mirabilis-

femelle Pisaura mirabilis transportant son cocon

Pouponnière

Autre caractéristique comportementale très intéressante à observer, c’est la construction d’une pouponnière – les anglais surnomment d’ailleurs cette araignée ‘nursery web spider’. En début été, il est aisé d’observer ces pouponnières dans les hautes herbes. La femelle construit une toile en forme de cloche dans laquelle elle fixe son cocon au moment de l’éclosion des petits. Peu de temps après, la cloche de soie contient un nombre relativement importants de jeunes qui restent protégés dans leur ‘crèche’ gardée par la femelle. Si vous essayez de vous approcher d’une pouponnière, vous verrez la femelle s’agiter nerveusement autour de celle-ci. N’ayant plus été alimentée pendant longtemps, la femelle mourra peu de temps après. Sa relation parentale se limite à la construction et à la protection de la pouponnière.

Pisauridae - Pisaura mirabilis.P1050799

Pouponnière défendue par Pisaura mirabilis

Etymologie

Dans un dictionnaire latin-français, on retrouve pour Pisaurus la traduction suivante : rivière du Picénum.

C’est une fois de plus grâce à l’aide de Mr Horst Schröder que nous pouvons mieux comprendre ceci…(*)

Pisaurus = rivière en Ombrie où s’établirent vers 400 av. J-C les Sénons, peuple celtique, originaire de la région de Sens (dans le département Yonne en France), qui chassa les Ombriens et fonda la ville de Sinan-Gallikan (aujourd’hui Senigallia);

Pisaura, Pisauridae : araignées robustes dont le nom évoque le peuple celtique qui a envahi la région du Pisaurus;

(*) extrait du « Guide de détermination des araignées de la région bruxelloise » de Horst Schröder disponible pour la modique somme de 5 € sur le site de la C.E.B.E.

Nous attendons vos commentaires et observations…

Brigitte Segers

Je vous conseille la lecture de l’étude scientifique réalisée sur l’incidence de la taille des proies offertes par les mâles Pisaura mirabilis : Nuptial gift in the spider Pisaura mirabilis maintained by sexual selection

araignée du mois (13) : Uloborus plumipes

l’araignée « exotique » des maisons : Uloborus plumipes Lucas, 1846

Les Uloboridae sont représentées en Belgique à l’état naturel par deux espèces : Uloborus walckenaerius Latreille,1806 et Hyptiotes paradoxus (C.L.Koch, 1834). Ces deux espèces sont observables dans la nature, plus particulièrement dans les bois de résineux.

Pourtant, j’ai décidé de vous parler d’une troisième espèce, non présente à l’état naturel dans nos campagnes mais qui est pourtant de plus en plus présente dans nos habitations ! En effet, Uloborus plumipes est une espèce « exotique » tropicale et subtropicale, présente également en extérieur dans le bassin méditerranéen en France et en Italie. Je mets exotique entre guillemets car cette espèce est actuellement recensée dans de très nombreux pays européens, principalement dans les pépinières et serres, ainsi que dans les habitations. Dans les pays qui possèdent plus des données précises, cette espèce s’observe maintenant aux abords des maisons et donc à l’extérieur (voir le site britishspiders)

Peut-on alors encore parler d’espèce exotique ?

Largement répandue en Belgique (serres, pépinières, …) – reprise aussi dans la liste des espèces belges – et en attendant l’atlas belge de répartition des araignées, je peux juste vous signaler sa présence en masse dans différentes pépinières. Pour ma part, c’est dans ma cuisine que je l’ai observée pour la première fois, probablement importée dans un bouquet de fleur. Si vous voulez en voir, je vous conseille le Brico d’Auderghem qui possède un rayon plantes exotiques assez vaste. Il vous suffit de regarder entre les rayonnages et vous verrez des dizaines de petites araignées à la disposition très caractéristique de cette famille :

7365368938_96f3148c81_o

Femelle Uloborus plumipes

les Uloboridae se tiennent le corps renversé, partie dorsale vers le bas, avec les deux paires de pattes antérieures tendues vers l’avant, dans le prolongement du corps. L’abdomen est très bombé et le céphalothorax très plat, ce qui leur donne une allure des plus typiques. Etant donné que les femelles d’Uloborus plumipes possèdent en plus deux petits plumeaux de poils sur la première paire de pattes, l’identification en est d’autant plus facilitée. Je n’ai jamais vu de mâles et il est intéressant de lire sur le site Spiders of Europe que les scientifiques ont longtemps pensé que cette espèce se reproduisait dans les pépinières par parthénogenèse (reproduction sans mâles) car ils n’y avaient jamais observé que des femelles ! En fait, les mâles sont dits cryptiques et donc cachés ou confondus dans leur milieu…

Uloborus plumipes arbore deux proéminences en forme de bosse en haut de l’abdomen. Sa couleur peut être très variable, du beige clair au brun foncé. La femelle fait entre 4 et 6 mm, le mâle entre 3 et 4 mm.

Cette araignée, et d’ailleurs toutes les Uloboridae, font parties de l’une des familles les plus intéressantes à observer : les Uloboridae ne possèdent pas de glandes à venins et produisent une soie très particulière propres aux araignées cribellates.

Une araignée sans venin ?

Voilà quelque chose de surprenant si l’on s’en réfère à l’anatomie de l’araignée. Toutes les araignées possèdent des chélicères (surnommés crochets à venin) qui permettent à la fois de libérer le venin emmagasiné dans des glandes afin d’immobiliser ou de tuer leur proie, et aussi d’ingurgiter ces proies après les avoir imbibées de sucs gastriques.

L’absence de glandes à venin chez les Uloboridae peut être vue comme une erreur dans le monde des araignées, pourtant cette particularité anatomique pourrait être liée au type de soie produite par les araignées cribellates (voir explications plus bas). Certaines publications scientifiques parlent d’évolution mais on ne sait toujours pas si les araignées écribellates (celles qui ne sont pas cribellates) « descendent » directement des araignées cribellates ou si ces deux sous-groupes ont évolué tout a fait indépendamment (la deuxième hypothèse étant la plus soutenue). On peut donc penser que les Uloboridae ont soit « perdu » leur glande à venin et ont survécu grâce à leur technique de piégeage (toile + structure particulière de la soie) ou qu’elles ont « supprimé » leur glande à venin suite à leur technique de piégeage… c’est un peu l’histoire de la poule et de l’œuf… Evidemment, les autres araignées appartenant au sous-groupe des araignées cribellates possèdent toujours des glandes à venin, ce qui complique la donne.

Evolution ou pas, il s’en suit que les Uloboridae doivent donc piéger leur proie de façon très consciencieuse car il leur est impossible de s’attaquer directement à une proie en l’absence de venin. Pour ce faire, elles ont deux méthodes bien établies : le piégeage et l’emballage.

Le piégeage :

c’est là encore une particularité de cette famille. La forme des toiles varie d’une espèce à l’autre (alors que la forme des toiles est en général constante dans une même famille).

Hyptiotes paradoxus construit une toile en forme de triangle, comportant seulement trois rayons.

Uloborus walckenaerius et U. plumipes construisent une toile circulaire mais presque horizontale et entrecoupée parfois d’un stabilimentum…

L’emballage :

Pour palier à l’absence de venin, les Uloboridae sont des araignées spécialistes de l’emballage ! Lorsqu’une proie est prise dans la toile, l’araignée se met à l’emballer en produisant une quantité phénoménale de soie pour immobiliser sans danger son butin. Cette quantité de soie est ré-ingurgitée lorsque la proie est prédigérée. On a déjà observé des Uloboridae emballer des proies pendant plusieurs minutes.

La soie cribellée :

La soie des araignées cribellates est une structure très résistante, sans glu et qui fonctionne comme un velcro face à la chitine des insectes.

Les araignées possèdent en général à l’extrémité de leur abdomen trois paires de filières qui libèrent la soie. Les araignées cribellates possèdent en plus de ces trois paires de filières un cribellum, sorte de plaque « criblée » de petits trous que l’on pourrait comparer à un tamis et qui délivre une soie toute particulière, plus fine, floconneuse, crépue, très résistante et d’aspect irisée lorsque fraîche. La soie est « peignée » à sa sortie du cribellum grâce à un élément structurel supplémentaire et typique des araignées cribellates : le calamistrum. Il s’agit d’une rangée de poils très serrés et positionnés sur les métatarses de la quatrième paire de pattes. Ce peigne est difficilement observable sans loupe binoculaire.

cribellum

Extrait de « les araignées » de Michel Hubert
Cribellum représenté par une flèche rouge, en avant des filières

calamistrum

Extrait de « les araignées » de Michel Hubert
rangée de poils très serrés correspondant au calamistrum

En Belgique, les araignées cribellates sont représentées par cinq familles : Eresidae, Amaurobiidae, Dictynidae, Oecobiidae et Uloboridae. Seules les Uloboridae ne possèdent pas de glande à venin.

Brigitte Segers