Mimétisme chez les araignées : myrmécomorphisme (suite)


Nous nous étions penchés sur le cas du myrmécomorphisme chez les araignées… càd la capacité de mimer l’apparence morphologique d’une fourmi.

Il faut signaler toute la difficulté et surtout le génie du myrmécomorphisme chez les araignées :

n’oublions pas que l’imitateur est un arachnide – et donc un arthropode à 8 pattes, au corps divisé en deux segments, sans antennes et aux yeux nombreux – qui va devoir se faire passer pour un insecte ne possédant que 3 paires de pattes, un corps divisé en trois parties, une paire d’antennes et de seulement deux yeux (principaux).

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Pas si simple me direz-vous… effectivement, ces araignées myrmécomorphes ont donc adopté quelques stratégies pour imiter au mieux l’apparence des fourmis afin de pallier aux différences anatomiques assez grandes :

  • l’abdomen de ces araignées présente souvent un rétrécissement, voire un motif afin d’imiter un corps en trois parties
  • pour imiter le pédoncule des fourmis (rétrécissement au niveau de l’abdomen), ces araignées présentent généralement une constriction à la partie postérieure du céphalothorax ou sur la partie antérieure de l’abdomen
  • les chélicères et/ou les pédipalpes sont parfois transformés pour imiter soit des mandibules, soit des têtes de fourmis
  • la première paire de pattes est tenue en l’air et vers l’avant pour remplacer les antennes, la dernière portion de cette paire est d’ailleurs souvent foncée pour imiter les massues des antennes
  • l’extrémité des trois autres paires de pattes est souvent d’une couleur plus claire pour donner l’apparence de pattes plus courtes,
  • toutes les araignées myrmécomorphes se déplacent un peu en zig-zag, à l’allure des fourmis.

Il a été cependant observé que si une araignée myrmécomorphe est en danger, elle va abandonner son comportement et s’enfuir en ligne droite, reprenant une allure plus aranéo-logique. J’ai envie de dire « pas folle la guêpe » mais c’est plutôt « pas folle l’araignée ».

On a également découvert un dimorphisme sexuel dans des cas de myrmécomorphisme… pour simplifier, mâle et femelle d’une même espèce ne copieraient pas la même fourmi !

exemple : Zuniga magna mâle imite la fourmi Pseudomyrmex gracilis tandis que madame Zuniga magna imite Pachycondyla villosa.

Toutes les araignées ne font pas appel au myrmécomorphisme. C’est chez les Salticidae et les Clubionidae que l’on compte de nombreuses espèces myrmécomorphes. Cependant, il en existe également chez les Theridiidae, Eresidae, Thomisidae, Gnaphosidae, Zodariidae.

En Belgique, on peut citer par exemple (les liens renvoyent à l’excellent site de Pierre Oger)

Pour rester dans les mots qui font gagner des points au Scrabble ou qui vous feront briller en société, il ne faut pas confondre myrmécomorphisme, myrmécophilie et myrmécophagie

  • philie du grec ancien signifiant « qui aime », un individu myrmécophile est un individu ayant développé des relations symbiotiques avec des fourmis. Pour devenir myrmécophile, il ne faut pas nécessairement ressembler à une fourmi car les fourmilières ne sont pas éclairées et la vue n’est probablement pas le sens le plus développé chez les arthropodes. Par contre, la myrmécophilie implique nécessairement des stratagèmes chimiques et ou comportementaux (on parle ici de la reproduction des gestes d’échange de nourriture entre fourmis – appelés échanges trophallactiques).
  • phagie du grec ancien signifiant « glouton », un individu myrmécophage est un individu qui se nourrit de fourmis.

Et donc, oui, il existe des araignées myrmécomorphes, qui ne sont ni myrmécophiles ni myrmécophages… des araignées myrmécophiles, non myrmécomorphes mais myrmécophages… des araignées myrmécophages non myrmécomorphes mais un peu myrmécophiles… des araignées myrmécomorphes myrmécophiles myrmécophages… et je vous laisse le soin de continuer la liste car vous l’aurez compris, tous les cas de figures sont possibles.

Remarque : La majorité des myrmécomorphes ne vivent cependant pas dans l’intimité des fourmis, et ne sont donc pas myrmécophiles.

Myrmécophilie :

La myrmécophilie peut s’apparenter à une relation symbiotique (plus précisément commensale) : l’araignée évolue donc près du nid, dans les tas de déchets de fourmis, à l’intérieur même de la fourmilière. Les cas de myrmécophilie s’observent surtout chez les araignées de la famille des Linyphiidae et des Liocranidae.

Pour exemple (en Floride) Masoncus pogonophilus Cushing (Linyphiidae) est une araignée myrmécophile qui se nourrit de collemboles vivants exclusivement dans des fourmilières. Cette araignée n’est ni myrmécomorphe, ni myrmécophage.

Et en Belgique ? Je n’ai pas trouvé beaucoup de données sur les araignées myrmécophiles, en tous les cas pas sous forme de liste toute faite.

En glanant des informations ici et là, voici quelques araignées myrmécophiles belges (liste non exhaustive) :

Acartauchenius scurrilis (O. P.-Cambridge, 1872) (Linyphiidae)

Evansia merens O.P.-Cambridge, 1900 (Linyphiidae)

Mastigusa arietina (Thorell, 1871 ) (Dictynidae)

Thyreosthenius biovatus (O. P.-Cambridge, 1875 ) (Linyphiidae)

Il faut également citer les Zodarion sp (Zodariidae) qui sont myrmécophages, souvent décrits comme myrmécomorphes (dans le déplacement en tous les cas) et qui vivent près des fourmis. Nous pourrions donc dire que c’est un exemple des trois myrméco-phismes belge ;)

Idem pour Asagena phalerata (Panzer, 1801) (Theridiidae), magnifique araignée…

Vous l’aurez compris, les études au sujet des araignées myrmécophiles ne sont pas très courantes, ne serait-ce qu’à cause de la difficulté d’accès à ces espèces (tout le monde n’a pas envie d’aller fouiller une fourmilière)… on peut toutefois en retenir ceci : il est fort étonnant que des araignées qui sont majoritairement solitaires, développent des comportements à la limite de la symbiose pour vivre en « communauté »…

Je vous laisse le soin de méditer sur la question car nous voilà au bout de ce « survol » du mimétisme chez les araignées, en tous les cas du myrmécomorphisme ; il y a encore tellement de choses à dire mais je ne voudrais pas vous assommer en une fois.

Merci pour votre lecture,

Brigitte Segers

Quelques références

Biological Journal of the Linnean Society (1988), 33: I- 15. With 8 figures Ant-mimicry in some Brazilian salticid and clubionid spiders (Araneae: Salticidae, Clubionidae) * PAUL0 S. OLIVEIRA Departamento de Zoologia, Instituto de Biologia, C.P. 6109,Universidade Estadual de Campinas, 13081 Campinas SP, Brasil

J. Zool., Lond. (1997) 242, 643-650 Biology and behaviour of the neotropical ant-mimicking spider Aphantochilus rogersi (Araneae: Aphantochilidae): nesting, maternal care and ontogeny of ant-hunting techniques L. M. CASTANHO and P. S. OLIVEIRA * Departamento de Zoologia, Universidade Estadual Paulista, 13506-900 Rio Claro SP, Brazil Departamento de Zoologia, Universidade Estadual de Campinas, C. P. 61 09, 13083-970 Campinas SP, Brazil

Bulletin et Annales de la Société Royale d’Entomologie de Belgique, 99 : XLI. Acartauchenius scurrilis (CAMBR.), Arachnide myrmécophile nouveau pour la faune de Belgique. KEKENBOSCH, J., 1963.

A propos d’une araignée myrmécomorphe présente au Vogelzang. KEKENBOSCH R.

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4 réflexions au sujet de « Mimétisme chez les araignées : myrmécomorphisme (suite) »

      • Bonjour. Merci de nous préciser la commune. Si c’est en Belgique, il n’y a aucune araignée dangereuse pour l’homme, y compris les araignées copiant les fourmis.

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