Mimétisme chez les araignées…(1)


Suite à l’article « Mimétisme ou camouflage ? » nous nous posions la question de savoir ce qu’il se passait sur cette photo d’une araignée dévorant une fourmi

Aphantochilus3-L

Aphantochilus rogersi ; copyright: Alex Wild

Pour y répondre, il faut nous replonger dans les définitions des termes mimétisme et camouflage.

Camouflage : ensemble de dispositifs qui permettent à un animal ou à une plante de se rendre indiscernable dans son milieu. (Larousse)

Mimétisme : particularité des espèces qui, en raison de leur forme et/ou de leur couleur, peuvent se confondre avec l’environnement ou avec les individus d’une autre espèce. (Larousse)

Pour simplifier, le camouflage fait uniquement référence à la copie d’un milieu inerte (une plante, un fond marin, un rocher, une couleur) tandis que le mimétisme se rapporte soit à un milieu inerte (et est alors synonyme de camouflage) soit à d’autres espèces animales. Le camouflage est donc synonyme de mimétisme mais le mimétisme n’est pas nécessairement du camouflage…

On utilisera à la fois les termes camouflage ou mimétisme pour un phasme qui se confond avec une brindille, mais on doit utiliser uniquement le terme mimétisme pour décrire le processus qui permet à un animal d’en mimer un autre … et en ce qui nous concerne, une araignée qui imite une fourmi est bel et bien un cas de mimétisme.

Le mimétisme, c’est donc une stratégie impliquant des adaptations physiques, physiologiques ou comportementales permettant à des animaux de maintenir leur survie, en améliorant leur capacité à échapper aux prédateurs ou à l’inverse en augmentant leur possibilité d’attraper des proies.

Cette stratégie implique plusieurs acteurs : l’imitateur, le modèle et le dupe.

Il existe de nombreuses formes de mimétisme et nous ne parlerons que de celles qui nous intéressent ici : le mimétisme Batésien (d’après Henry Walter Bates), le mimétisme Wasmanien (d’après Erich Wasmann) et le mimétisme Peckhamien (d’après George and Elizabeth Peckham).

Si j’étais une simple mouche, sans aucune arme défensive, j’aurais peut-être intérêt à me déguiser en quelque chose de plus menaçant… C’est ce que fait le Syrphe (imitateur) en arborant les couleurs caractéristiques jaune et noir de la guêpe (modèle) afin d’échapper à certains prédateurs qui ne consomment pas de guêpes (les dupes).

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Voici un cas typique de mimétisme Batésian, que l’on surnomme d’ailleurs mimétisme défensif… en prenant l’aspect d’un prédateur féroce (la guêpe – photo de gauche), le Syrphe (photo de droite) échappe à de nombreux prédateurs. Les couleurs de la guêpe sont dites aposématiques, qui rappellent un danger… encore un mot qui vous fera briller en société, si vous arrivez à le placer !

Le mimétisme décrit par Wasmann nécessite que les modèles soient des arthropodes sociaux : c’est « une forme de mimétisme qui permet à un arthropode d’être accepté parmi une colonie d’insectes sociaux » (d’après Gullan et Cranston, 1999). Il faut ajouter qu’il s’agit d’un mimétisme qui est bénéfique à la fois à l’imitateur et au modèle. Il existe par exemple des araignées qui se nourrissent de collemboles vivant uniquement dans des fourmilières. A la fois les araignées et les fourmis en tirent avantage.

Enfin, à l’inverse du mimétisme Batésien, le mimétisme Peckhammien va permettre à l’imitateur d’approcher sa proie en imitant celle-ci. Dans ce cas de figure, la proie est à la fois le modèle et le dupe.

Nous, nous approchons enfin de la situation observée sur cette photo… mais il faut encore préciser un « petit » détail :

Etant donné que l’araignée imite ici une fourmi, nous sommes dans le cas plus particulier de ce que les scientifiques désignent comme le myrmécomorphisme çad le processus qui permet à un arthropode de prendre l’apparence physique d’une fourmi d’un point de vue morphologique et/ou chimique.

Le myrmécomorphisme n’est pas exclusivement réservé aux araignées et s’observe d’ailleurs chez beaucoup d’autres arthropodes. Pour exemple, voici un Hétéroptère (punaise) qui ressemble à une fourmi (et le dupe dans ce cas-ci, c’était moi car j’étais persuadée de photographier une fourmi un peu bizarre).

P1000770

Alydidae juvénile

On vient alors à se demander, mais pourquoi donc vouloir ressembler à une fourmi ?

Les fourmis sont des Hyménoptères (au même titre que les guêpes et les abeilles) et ont la réputation d’être des insectes au goût et au caractère tranchés…

  • Les fourmis sont toutes dotées de mandibules broyeuses parfois fort impressionnantes et surtout coupantes.
  • Certaines espèces de fourmis sont armées d’un aiguillon et en font l’usage lorsqu’elles sont attaquées.
  • Certaines fourmis possèdent une arme chimique très dissuasive consistant en un jet d’acide méthanoique (appelé aussi acide formique) qui, de par sa concentration, peut en évincer plus d’un, ce qui les rend par ailleurs assez indigestes à manger.
  • Il existe également quelques espèces de fourmis qui possèdent du venin (parfois mortel).
  • Enfin et compte tenu de leur organisation sociale très développée, les fourmis possèdent une tactique défensive regroupée…
  • (A se demander aussi pourquoi est-ce que les gens en ont tellement contre les araignées et non pas contre les fourmis ?;)

Et donc, hormis les cas de prédation sur les fourmis, la majorité des exemples tendent vers le myrmécomorphisme défensif.

Chez les araignées myrmécomorphes, il s’agit effectivement très souvent de mimétisme Batésien car il existe beaucoup plus de prédateurs d’araignées qu’il n’existe d’araignées prédatrices de fourmis.

Et pour déroger à la règle, notre photo montre non pas un cas de mimétisme défensif mais bien un cas de mimétisme Peckhammien.

L’araignée représentée, Aphantochilus rogersi (Thomisidae) se nourrit exclusivement d’une espèce de fourmi, Zacryptocerus pusillus (Formicidae). S’il est évident de penser que l’adaptation morphologique de cette araignée est de pouvoir s’approcher plus facilement de sa proie, son mimétisme doit également impliquer des récepteurs chimiques et olfactifs propres aux fourmis. Il a été observé que cette espèce d’araignée transporte parfois des morceaux de la fourmi tuée pour se protéger des agressions des congénères de la victime… Etant donné que cette araignée ne vit pas à l’intérieur de la fourmilière, on pense qu’elle pourrait également utiliser ce mimétisme comme protection Batésienne (un mimétisme n’empêche pas l’autre) vis-à-vis de ses propres prédateurs.

à suivre …

Brigitte Segers

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