Araignée du mois (12) : Marpissa muscosa


Nom latin: Marpissa muscosa (Grube 1859)
Famille : Salticidae
Taille : femelles, 8-10 mm ; mâles, 6-8 mm
Habitat : commune partout, lisière ensoleillée des forets, végétation basse
Saison : Printemps, été mais probablement toute l’année pour les femelles

Voici une araignée assez commune et facile à reconnaître grâce à la forme de son abdomen très allongé, son aspect velu, son folium bigarré de brun, roux, noir et sa taille relativement grande.

Marpissa muscosa vous est présenté ce mois-ci par Isabelle Pierdomenico

Le nom d’espèce muscosa, qui signifie couvert de mousse, évoque peut-être l’aspect velu de l’araignée, ou alors son habitat, puisqu’elle vit notamment sur l’écorce et les lichens des arbres et des palissades. Elle se ménage une cellule de soie dans les crevasses situées au-dessous, pour y surveiller son cocon. Juste une cellule, car cette araignée appartient à la famille des Salticidae, qui ne construisent pas de toile mais chassent à l’affût. C’est pourquoi elles sont pourvues de la meilleure acuité visuelle, avec quelques autres arthropodes. Les espèces de cette famille se reconnaissent au céphalothorax quadrangulaire avec 4 gros yeux frontaux, deux autres tout petits placés en arrière et une paire d’yeux un peu plus grands encore en arrière.

Les Salticidae doivent leur nom de famille à leurs capacités de sauteuses, même si elles n’en ont pas l’exclusivité. Ce sont les troisième et/ou quatrième paires de pattes qui propulsent la chasseresse. Dans le livre (voir références) consacré au travail de Christine Rollard, spécialiste des araignées, une séquence photographique décompose le saut de Marpissa muscosa. Ce saut peut atteindre plusieurs fois la longueur du corps (femelle : 8 -10 mm ; mâle : 6 -8mm) mais ne dépasse pas 10 cm. Si l’araignée rate son repas, elle remonte le long du fil de sécurité, préalablement assuré au substrat, jusqu’à son point d’élan.

Le genre Marpissa compte 5 espèces européennes (dont 4 en Belgique), à l’abdomen allongé et aux premières pattes antérieures plus robustes et plus foncées que les autres. Lors de la parade, les mâles Marpissa agitent ces pattes, les élevant et les déplaçant latéralement avant de s’approcher pour toucher la femelle convoitée.

En Belgique :  Marpissa muscosa (Clerck, 1757) ; Marpissa nivoyi (Lucas, 1846) ; Marpissa pomatia (Walckenaer, 1802) ; Marpissa radiata (Grube, 1859)

Chez Marpissa muscosa, le corps est donc velu, et comprimé dorso-ventralement. Le mâle ressemble à la femelle, mais son abdomen est plus petit et le céphalothorax est gris à l’avant, noir liseré de blanc à l’arrière.

Femelle Marpissa muscosa gardant ses oeufs

Il y a bien longtemps, Marpessa (en grec ancien Μάρπησσα / Márpêssa signifie celle qui arrache), princesse d’Étolie, avait de nombreux prétendants. Son père Evenos, fils d’Arès, voulait qu’elle restât vierge et proposa à chaque prétendant de se mesurer à lui lors d’une course de chars : au vainqueur reviendraient la main de Marpessa et la tête du vaincu. Bientôt les murs de la maison d’Evenos furent couverts de têtes clouées. Apollon, qui s’était épris de la princesse, jugea que l’horreur avait assez duré et défia Evenos à la course. Mais avant même qu’Apollon ait pu s’annoncer, Idas, amoureux lui aussi, enleva Marpessa. Appollon et Idas s’affrontèrent. Zeus les sépara et laissa Marpessa choisir son mari. Comme Apollon avait la triste réputation d’abandonner ses conquêtes, la princesse choisit Idas. Les époux furent heureux et enfantèrent Cléopâtre. Marpessa est aussi le nom d’une des reines des Amazones, conquérante de l’Asie mineure et de la Syrie, fondatrice d’Ephèse et autres grandes villes. Marpessa est peut-être devenu Marpissa ?

Isabelle Pierdomenco

NDLR : en complément à cet article, voici une information trouvée dans « étymologies de noms d’araignées » par Horst Schröder :

probablement altération de marptis = ravisseur et marptõ = prendre, saisir en poursuivant ; le nom Marpissa pourrait donc faire référence à la technique de chasse de ces araignées qui saisissent leur proie en sautant

Références :

  1. Collectif, Cours d’éthologie, Investissement parental, 2010-2012, Natagora.
  2. Decoq, O., 2011.- Des Araignées et des Hommes. Cours d’éthologie. Natagora.
  3. Gaffiot, F., 1936.- Dictionnaire abrégé latin-français. Paris. Hachette. 720 p.
  4. Graves, R. 1967.- Les mythes grecs. Paris. Fayard. Tomes 1 et 2.
  5. Hubert, M. 1979.- Les araignées. Généralités – Araignées de France et des pays limitrophes. Paris. Boubée. 254 p.
  6. Le Garff, B., 1998.- Dictionnaire étymologique de zoologie. Paris. Delachaux et Niestlé. 205 p.
  7. Roberts, M.J., 2009.- Guide des Araignées de France et d’Europe. Paris. Delachaux et Niestlé. 383 p.
  8. Rollard, Ch., Tardieu, V., 2011.- Arachna. Les voyages d’une femme-araignée. Paris. Belin/Muséum d’Histoire naturelle.
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4 réflexions au sujet de « Araignée du mois (12) : Marpissa muscosa »

  1. Des informations scientifiques, mythologiques, étymologiques et le partage de la connaissance.
    Tout ce qu’il vaut pour plaire à un guide nature, merci ! À bientôt pour un autre article.

  2. Moi j’ai fait la rencontre d’une d’entre elle hier, en scannant un document, et aujourd’hui elle est revenue me surprendre en sautant sur mon écran d’ordinateur alors que j’étais entrain de travailler! Cette article m’a permis de trouver le type d’espèce que c’est alors merci!!!

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