Araignée du mois (9) : Scytodes thoracica


Nom latin: Scytodes thoracica Latreille 1804
Famille : Scytodidae

Taille : femelle, 4 à 6 mm ; mâle, 3 à 5 mm
Habitat : habitations
Saison : Toute l’année, maturité du printemps à l’automne

On pourrait dire que l’araignée que nous vous présentons ce mois ci est à la fois cachottière et crachoteuse… Cachottière car cette araignée synanthrope (çad des maisons) passe souvent inaperçue, crachoteuse car Scytodes thoracica a développé une stratégie de chasse exceptionnelle.

Scytodes thoracica est une araignée qui ne s’observe que dans les maisons et qui a la fâcheuse habitude de se promener presque toujours de nuit et le plus lentement possible, ce qui limite ses déplacements et donc la probabilité de tomber dessus. Cela faisait des mois que je la scrutais lors de mes réveils nocturnes et c’est dans le courant du mois de juin, aux environs de minuit que j’ai pu l’observer pour la première fois. Il faut dire que cette araignée n’est en plus pas très grande et arbore des tons relativement clairs. Depuis, elle se promène régulièrement dans la même pièce ce qui facilite nos rencontres…

Scytodes thoracica est, dans notre pays, la seule espèce représentante de sa famille, les Scytodidae (et de son genre Scytodes). D’autres espèces du genre Scytodes peuvent s’observer en Europe et l’on dénombre environ 150 espèces dans la famille des Scytodidae de par le monde.

Si les anglais la surnomme « spitting spider », ou araignée cracheuse, c’est à cause de son habilité à littéralement cracher sur proies et prédateurs, ce qui est considéré comme l’une des spécialisations les plus curieuses chez les araignées. Les Scytodidae possèdent une glande à venin divisée en deux parties : une partie antérieure produisant le venin et une partie postérieure produisant une substance collante.

(Pour information, la propriété de cracher une substance collante a également été observée chez certains représentants de la famille des Oxyopidae mais nous ne possédons pas ces espèces dans l’aranéofaune belge)

Habitus :

En prenant le temps de l’observer, vous remarquerez que son céphalothorax et son abdomen sont parfaitement circulaires et quasi de même dimension. On pourrait y dessiner un 8 parfait.

Sa coloration est également très typique puisque c’est l’une des rares araignées à être entièrement recouverte d’une robe guépard: brun jaune pâle avec de petites taches noires. Les deux marques symétriques noires sur le céphalothorax m’ont fait penser aux ouïes d’un violon.

Enfin, dernière caractéristique, et non des moindres, cette araignée ne possède que 6 yeux et fait donc d’elle un membre du cercle très fermé des araignées dites Haplogynes (çad qui possèdent 6 yeux, des pédipalpes mâles très simplifiés et pas d’épigynes chez les femelles) soit en Belgique seulement 4 familles : Oonopidae, Scytodidae, Dysderidae et Segestriidae, pour 10 espèces en tout.

Comportement :

C’est bien évidemment sa méthode de chasse qui classe cette espèce dans le top 10 des créatures les plus intéressantes. Comme son surnom l’indique, l’araignée cracheuse… crache… En effet, afin d’immobiliser ses proies ou se défendre de tout prédateur dangereux, Scytodes thoracica envoie à une vitesse très élevée deux filaments de « colle » qui sortent des chélicères. La vitesse de projection de cette substance collante a été mesurée à 28 mètres par seconde… il est donc impossible d’observer cette action à l’œil nu. De plus, ces deux jets sont projetés en zig-zag et l’on vient de découvrir que la substance collante a le pouvoir de se rétracter (soit sous l’action de l’air, soit de par sa composition encore inconnue) ce qui a tendance à emprisonner encore un peu plus la proie. L’expérience qui a été menée pour démontrer cette propriété consistait à faire cracher une Scytodes thoracica sur deux petites tigettes en plastique fixées parallèlement. Après que la glu ait atteint les deux tigettes, celles-ci se rapprochaient.

Figure 3. Composite showing (right) Scytodes thoracica and its highly organized spit produced as two zig-zag patterns, one from each fang; and showing (left) the enlarged spit pattern produced during one expectoration episode by one left chelicera/fang. The spit patterns were collected on microscope slides and visualized via DICM imaging. The straight line connecting the spider to the spit pattern was added in Photoshop, but it represents a strand of silk that often appears in just that way just after a spitting episode.

Cette méthode de chasse un peu « lâche » permet à l’araignée d’immobiliser sa proie à distance, et d’éviter ainsi tout danger. Il faut dire que Scytodes thoracica n’hésite pas à s’attaquer à d’autres araignées. Une fois la proie engluée, Scytodes n’a plus qu’à injecter son venin afin d’achever le travail. Inutile de vous dire que cette espèce ne tisse pas de toile piège…

voir cette vidéo très instructive (mais un peu longue) d’une Scytodes se déplacant et se retrouvant face à une Tegenaria.

Et si vous avez la chance d’observer une espèce femelle avec son cocon, vous verrez que celle-ci transporte ses œufs sous son abdomen, entourés de fins fils de soie.

Un appel avait récemment été lancé concernant les observations pour cette espèce (voir article) à enregistrer sur le portail observations.be

Pour aller plus loin ; un article anglais issu de Journal of Insect Science : « Spitting performance parameters and their biomechanical implications in the spitting spider, Scytodes thoracica »

Brigitte Segers

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3 réflexions au sujet de « Araignée du mois (9) : Scytodes thoracica »

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