Lecture : « Adélaïde »


Les araignées ne sont pas seulement source de phobie, peur ou dégoût… en voici la preuve ! Une lectrice de ce blog nous a envoyé ce très beau texte que nous voulions vous faire partager. Nous l’en remercions !!!

Auteure : Nathalie Wilmots

Adélaïde

Tisser me rassemble. Le tissage réunit en moi la brodeuse virtuose et la prédatrice impétueuse qui sont en moi. Il y a de longs moments d’attente où la vie semble se fossiliser et des instants de haute couture lorsqu’avec soin je m’applique à ourdir ma toile.

Une bonne tisseuse possède une connaissance profonde du textile et de l’architecture. La première suppose la confection de lacis de soie cheminant en spirale tel un colimaçon, la seconde un solide bagage en géométrie rotatoire. Chaque filet a ses bobines, chaque moucheron, ses erreurs de pilotage.

Toute tisseuse est une instinctive. Choisir l’endroit idéal pour construire le guet-apens relève d’une intuition insoupçonnable.

Toute tisseuse est une rêveuse. Qui ne sait ériger son hamac avec passion ne sera jamais un arachnide accompli.

Tisser est un état d’esprit. Je tisse à plein temps. Quand je dors je tisse, quand je mange, je réfléchis au prochain point de crochet que je vais exploiter.

J’ai tissé dans tous les bosquets, j’ai tissé dans des lustres de cristal, j’ai tissé dans des granges obscures, j’ai tissé dans les coins les plus improbables. Un petit creux suffit pour ficeler mon étoile, la gourmandise me rattrapant inexorablement. C’est une affaire de tempérament.

Tout compte dans le tissage. Un jour, ce peut être la fibre de la toile. Vous avez choisi le lin plutôt que le fil de soie, vous l’avez laissé s’effilocher et vous constatez que le moucheron vous file entre les pattes.

La grande tisseuse est un être bizarre dont il faut apprendre à apprivoiser. Il y a quelques hommes qui sont pris de panique pendant que tous les autres nous ignorent bassement. Il faut le savoir. Bien sûr, il y a eu de grandes tisseuses avant moi. Arachne, Tarentula et Spider-man (dit-on). Pour eux, chaque tissage est unique. Il y a aussi des tisseuses qui vous font honte. La machine à coudre industrielle dépourvue de toute dextérité et de créativité. L’une agit mécaniquement, l’autre bascule dans la contrefaçon.

Parfois les ustensiles s’en mêlent. La brosse est la pire ennemie. Je me souviens d’une toile complètement déchiquetée après le passage du balai de la propriétaire, incapable d’emmailloter la moindre proie, incapable-ce qui est encore pire-de retrouver l’âme de tisseuse qui vibrait en moi.

 Nathalie Wilmots

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