Araignée de l’année 2011 : and the winner is…


Depuis 1996, la Société Européenne d’Arachnologie (regroupant cette année 24 pays) organise au sein de son association l’élection de l’araignée de l’année dans le but de mieux faire connaître une espèce auprès du grand public. Après l’Epeire diadème (Araneus diadematus) « couronnée » en 2010, c’est au tour d’Agelena labyrinthica de tenir, pour ainsi dire, le haut du pavé !

Pour ma part, c’est plutôt parmi un Lierre grimpant, à environ 1m50 du sol, que j’ai observé ma première Agélène labyrinthe. Placée à hauteur de mes yeux, je pouvais facilement l’examiner, tapie à l’entrée de sa retraite, pattes repliées sur elle-même. N’ayant pas de diapason à disposition ce jour là (les araignées réagissent facilement aux vibrations de cet instrument), c’est à l’aide d’une brindille que j’essayais de faire sortir un peu plus l’animal de son antre. Il faut croire que cet individu était affamé car l’araignée est sortie si vite de son trou que j’ai sursauté bêtement. Tel est pris qui croyait prendre…

Parmi les 41.000 espèces d’araignées de par le monde, on recense pas moins de 705 espèces en Belgique. Agelena labyrinthica est assez commune et fait partie de la grande famille des Agelenidae (environ 500 espèces au niveau mondial, 150 en Europe) et est la seule représentante dans notre pays du genre Agelena.

Du point de vue général, avec un corps d’environ 10 mm, de couleur gris-brunâtre et laissant apparaître un dessin en forme d’arête de poisson sur l’abdomen, on ne peut pas dire que ce soit une araignée des plus typées ! La caractéristique physique la plus marquante se situe au niveau des filières, ces petits organes au nombre de six disposés au bout de l’abdomen et qui permettent, tels des robinets, de libérer la soie. Tous les membres de la famille des Agelenidae, sauf exceptions, possèdent une paire de filières (les postérieures) beaucoup plus longues que les autres, et pourvues de deux segments, dépassant carrément l’extrémité de l’abdomen. Les deux autres paires de filières, antérieures et médianes, ne sont constituées que d’un seul segment. En observant l’araignée du dessus, cette paire allongée est très visible, faisant inévitablement penser à deux petites queues. Et pour les spécialistes, sachez que les Agelenidae se caractérisent également par la présence de poils sensoriels (appelés trichobothries) disposés sur les tarses de chaque patte de l’araignée et dont la longueur augmente en allant vers l’extrémité de la patte. Mais si vous ne vous sentez pas d’attaque pour observer ce genre de détails, sachez que l’Agélène labyrinthe se reconnaît plus facilement à sa toile (*) qu’à son apparence physique. ‘Ouf’ me direz-vous.

(*) : Attention toutefois, si l’observation parait aisée, on peut cependant confondre Agelena labyrinthica avec Allagelena gracilens (anciennement Agelena gracilens) qui ressemble fortement à la première et qui apparaît dans nos régions après l’été. La toile est identique, la disposition des filières aussi. Il faut alors recourir à l’utilisation d’un binoculaire afin d’observer les pièces génitales de l’araignée. L’identification précise d’une espèce passe d’ailleurs très souvent par cette étape.

 

Au cours de l’été, c’est parmi les plantes basses, proche du sol, que vous aurez le plus de chance d’observer sa présence – « mon » Agélène cachée dans un Lierre avait visiblement des idées de grandeur. La toile d’Agelena labyrinthica ressemble en tout point à un entonnoir que l’on aurait déposé sur un buisson. Composée d’une nappe pouvant atteindre la taille d’un mouchoir, elle se prolonge d’un tube qui semble disparaître dans la végétation et à l’entrée duquel vous pourrez apercevoir la propriétaire des lieux. Et lorsqu’il est question de nappe, il est généralement temps de passer à table ! N’oublions pas que toutes les araignées sont prédatrices et Agelena labyrinthica ne fait pas exception à la règle, attendant patiemment qu’une proie se pose sur la partie aplatie de sa toile pour se jeter littéralement dessus. Les toiles de cette Agelenidae possèdent également des fils verticaux partant de la nappe pour mieux attraper les proies sauteuses ou volantes… on comprend un peu mieux dès lors le rapprochement avec le labyrinthe. La portion cachée du tube de soie sert de retraite, pouponnière, et sortie de secours puisqu’il est ouvert en son extrémité inférieure. C’est également dans ce tube que se déroulera l’accouplement mais contrairement à la plupart des espèces, le mâle restera aux côtés de la femelle un certain temps.

C’est ce genre d’observation de l’Agélène labyrinthe et de toutes les autres araignées bruxelloises qui alimentent notre tout jeune groupe de travail, le bien nommé Spidermanneke, récemment créé au sein de la Régionale Natagora-Bruxelles. Un nouveau groupe d’aranéologues amateurs et confirmés qui partagent une même passion pour ces petites bêtes à huit pattes, trop souvent mal aimées, alors qu’il n’existe aucune espèce dangereuse sous nos latitudes. En sachant que les araignées ont colonisé de nombreux biotopes différents, l’étude de ces arthropodes permet d’aborder des notions telles que biodiversité ou encore écologie, et puis, elles sont tellement belles.

Brigitte Segers

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3 réflexions au sujet de « Araignée de l’année 2011 : and the winner is… »

  1. jolie vulgarisation… Ces Agelena sont effectivement fascinantes… leur toile en nappe n’est pas collante ce qui fait que les proies, si elles sont suffisamment rapides, peuvent échapper à la course à la prédatrice ce que j’ai pu observer quelque fois !
    Beaucoup d’Agalena labyrinthica dans mon jardin (et pas de gracilens…)
    Koen Van Keer (d’ARABEL…que vous connaissez) me précisait :
    « A. gracilens est très rare en Belgique (connue seulement de quelques localités) est plus petite que A. labyrinthica et a un dessin légèrement différente de A. labyrinthica. »
    Bravo pour votre site et vivement que l’on puisse y poster des photos !!
    Richard

    • Merci pour ces précisions mais selon une autre source d’ARABEL (Robert Kekenbosch), on ne peut pas distinguer si facilement Agelena labyrinthica de Allagelena gracilens sans passer par le binoculaire (et il en a observé de nombreuses à la périphérie de Bruxelles). Je pense que le principe de précaution doit être appliqué (comme pour le chlore dans les piscines, mais ça c’est une autre histoire)
      Ce qui explique pourquoi nous ne faisons pas (et ne ferons pas) d’identification sur simple base de photo. Et puis nous ne sommes qu’au début de l’aventure…
      Le site (blog) ne permet pas aux visiteurs de poster des photos, il n’est techniquement pas adapté pour cela… Mais nous posterons des photos prises lors de nos balades avec nom identifié sur place par un spécialiste. Je vais régulièrement sur votre site et je vois que vous avez de nombreuses visiteuses à 8 pattes dans votre maison.
      Brigitte

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